Divonne-les-Bains : un habitant d’Arbère passionné du patrimoine de son quartier

Philippe Cadoux s'est penché sur l'histoire de son hameau, Arbère.
Philippe Cadoux s'est penché sur l'histoire de son hameau, Arbère.

Divonnais de souche, Philippe Cadoux est issu d’une vieille famille d’Arbère. Son grand-père, Henri, a fondé la fruitière avec Joseph Roland, un autre cultivateur du hameau. Au décès de son père, Philippe retrouve des archives dont il connaissait l’existence, mais sur lesquelles il ne s’était jamais penché : « J’ai réalisé que j’étais de la dernière génération à l’avoir vue fonctionner et à être attaché à ce lieu même, si ce n’était plus qu’une laiterie et que j‘avais une dizaine d’années. J’ai voulu lutter contre l’oubli de l’histoire de ce hameau rural qui est devenu résidentiel », explique Philippe. « C’est aussi une façon de transmettre cette histoire à mes enfants. »

Un travail de recherche approfondi

La possibilité d’y consacrer du temps l’a amené à s’y plonger il y a quelques mois. Journaliste de métier, Philippe a aussi recueilli les témoignages des anciens du hameau. En travaillant sur le sujet, il découvre l’existence d’une petite fruitière précédant celle dont il se souvient. Il s’y intéresse et mène l’enquête pour trouver des informations. Il trouve alors la mention d’une fruitière d’alpage possédée par les agriculteurs d’Arbère, encore une piste à explorer : « Je ne pensais pas que cette petite histoire d’un petit quartier me mènerait jusqu’à Berne, ni que je découvrirai autant de choses  !» s’étonne le Divonnais. Parti des archives familiales puis communales, ses recherches l’ont mené aux archives départementales de l’Ain et du Jura, puis celle de Lausanne et Berne : « On trouve des choses de chaque côté de la frontière. »

Le livre plébiscité par les Divonnais

« Ecrire sans limite sur la taille du texte a été une véritable aventure. J’ai fait des recherches approfondies et donné le plus d’informations possibles dans le livre. J’ai demandé à Alexandre Malgouverné (historien, spécialiste du Pays de Gex, Ndlr) de le relire, je ne suis pas historien. » Commandé à quelques exemplaires pour la famille et les amis, le livre était présenté en marge de l’exposition de l’association Divonne Hier et Demain pour les dernières journées du patrimoine. Il était possible de commander un exemplaire « J e pensais avoir une vingtaine de commandes, j’en ai reçu 105, c’est une belle surprise ! »

Et pour la suite  ? « En discutant avec les anciens, j’ai découvert des éléments sur l’histoire globale du hameau, notamment la croyance encore répandue qu’Arbère aurait eu une église. J’ai très envie de creuser le sujet », avoue Philippe Cadoux.

La fromagerie est désrmais une habitation.
La fromagerie est désrmais une habitation.

Arbère possédait une fruitière depuis le XVe siècle

La première mention d’Arbère sur un document date de 1131. Les archives du XVe siècle et le témoignage de Bernard Bluet d’Arbère qui écrivit – ou fit écrire – ses mémoires évoquent des élevages de vaches laitières et de moutons comme principale activité du hameau.

Arbère a possédé successivement trois fruitières (ou fromageries). Le village eut d’abord un alpage, le « Cernois d’Arberoz » entre les Rousse et les Cressonnières, puis en 1498 lui fut octroyé une fruitière située un peu plus au sud à 1150 mètres d’altitude. Elle se situait à 5 heures de marche du village. Les Rousselands l’achetèrent en 1615 afin de doter le curé de la paroisse nouvellement créée, l’exploitation du domaine devant assurer l’entretien du prêtre.

Au XIXe siècle, une première fromagerie fut construite sur la petite place du hameau où la rue des Fontanettes devient rue de la Côte d’Arbère, elle fut démolie durant l’hiver 1954-55 après qu’une nouvelle fruitière a été inaugurée en 1954.

Cette dernière officiellement nommée « fromagerie d’Arbère-Divonne », nom qu’elle arbore encore sur sa façade, fabriquera surtout du gruyère, supplanté par l’emmental par la suite, et accessoirement du beurre. Elle traitait 1 000 à 1 300 litres de lait par jour. L’activité fromagère cessa en 1967, sur 19 producteurs 10 ans auparavant, seuls 8 étaient encore en activité. La société de laiterie d’Arbère a adhéré aux Laiteries Réunies la même année. Le manque d’agriculteurs, et donc de lait, la poussera à fermer ses portes le 31 décembre 1988, les derniers agriculteurs d’Arbère portèrent leur lait à Villard.