Baisse des captures de féras dans le Léman : le réchauffement climatique pointé du doigt

James Berod est pêcheur à Anthy depuis 20 ans.
James Berod est pêcheur à Anthy depuis 20 ans.

Si c’est à 5 heures que Paris s’éveille, à cette heure-là, James Berod, pêcheur de profession, est lui déjà sur le pont.

Le ciel est encore noir lorsque la proue de son bateau fend l’eau du lac Léman. Il est 3 h 30, et aidé de son vire-filet, James Berod s’applique à remonter les lourds cordages contenant, il l’espère, des féras.

Cela fait près de 20 ans qu’il exerce cette activité. Depuis sa pêcherie à Anthy, il fait part de son expérience et de ses récentes préoccupations.

« Le rendement est cyclique. Par le passé, il est arrivé d’avoir des tonnages astronomiques suivis de prises faibles », résume James Berod. D’une année sur l’autre, les prises changent drastiquement. Mais ces derniers temps, le professionnel en est convaincu, la pêche a surtout souffert de l’activité humaine.

« Les féras sont des salmonidés. Une de leur caractéristique est qu’elles ne se reproduisent qu’en hiver, lorsque les températures sont basses. Le réchauffement climatique pose donc un véritable problème, puisqu’il a des conséquences directes sur la vie aquatique et donc, sur notre activité », explique-t-il.

« Un kilomètre de filet pour une ou deux féras »

L’année 2018 a été particulièrement mauvaise pour la prise de féras (-66 % par rapport à 2015, année il est vrai exceptionnelle). Et si les chiffres d’activité pour 2019 ne sont pas encore parus, il ne fait aucun doute pour les pêcheurs professionnels que ces derniers mois ont été plus éprouvants que 2018. « Quelle frustration de remonter près d’un kilomètre de filet pour une ou deux féras ! On ne peut même pas être en colère : ce n’est la faute de personne, mais en même temps… c’est la faute de tout le monde », déplore James Berod.

Les bienfaits des hivers froids

Ce sentiment est confirmé par Michaël Dumaz, président de l’association des pêcheurs professionnels du Léman : «  Les hivers froids ne garantissent pas uniquement la reproduction de certaines espèces. ils ont également un rôle-clef dans l’équilibre de la vie aquatique puisque la bise hivernale permet un brassage des couches d’eau du lac et donc une meilleure répartition des nutriments et de l’oxygène nécessaires à la faune aquatique. »

« La situation va devenir plus complexe »

C’est pour cela que même si la décision de son fils, Jules, de devenir pêcheur à son tour inspire à James Berod une certaine fierté, il ne peut s’empêcher d’être inquiet. Ce dernier veut toutefois éviter de céder au fatalisme : « Il suffit d’un ou deux hivers bien froids pour faire repartir la féra, mais il est indéniable que la situation va devenir plus complexe si rien n’est fait pour lutter contre le réchauffement climatique. »

Quelques chiffres

En 2018, 686 tonnes de poissons ont été capturés dans le Léman. Un chiffre en baisse pour la 5e année consécutive (-19% par rapport à 2017, -40 % par rapport à 2015, année au rendement exceptionnel). La capture de féras, en baisse de 66% par rapport à 2015 représente 280 tonnes en 2018 soit autant que celle de perches (dont le rendement est en hausse de 39%), du jamais vu depuis 2008.

Concernant les autres espèces: les captures restent stables par rapport à 2017 pour le brochet (44 tonnes) et l’omble-chevalier (18,3 tonnes). Les captures de truite (5,9 tonnes) accusent un recul de 2,7 tonnes (soit -30,9%) par rapport à 2017 et de 8 tonnes (soit-57,4%) par rapport à 2015.