Pays de Gex : aide à domicile, une denrée rare

Trouver une aide à domicile peut parfois être un véritable parcours du combattant. (photo illustration)
Trouver une aide à domicile peut parfois être un véritable parcours du combattant. (photo illustration) - © Pierre Le Masson

La situation particulière du Pays de Gex, avec la forte attractivité de l’emploi en Suisse voisine, n’est pas sans créer des situations parfois critiques. Ainsi, parce qu’elle ne trouve pas d’aide à domicile qualifiée pour s’occuper de son mari à la maison, Françoise, Divonnaise, est contrainte de le laisser à l’hôpital… d’Annecy ! Ce qui, vous en conviendrez, n’est pas la porte à côté…

Une situation qui commence à durer

Hubert, son époux, 73 ans est en effet hospitalisé dans la cité haut-savoyarde depuis le 30 juillet pour un problème stomacal. « La seule condition pour qu’ils le laissent partir, c’est que je trouve quelqu’un pour s’occuper de lui chez nous.  »

Pour ce faire, Françoise s’est mise en action dès le fin du mois de juin. « J’ai contacté les différents organismes susceptibles de nous venir en aide, ADAPA (association d’aide aux personnes de l’Ain, Ndlr), SSIAD (Service de soins infirmiers à domicile, Ndlr), etc. ; au SSIAD, on m’a annoncé une liste d’attente d’au moins trois mois, avec peu d’espoir au bout du compte de trouver une solution. A l’ADAPA, on est en mesure de me trouver quelqu’un… pour faire de la lecture et un peu de ménage… »

Des besoins particuliers

Or ce n’est pas de cela dont Françoise a besoin pour son époux : « Il me faut quelqu’un de qualifié, une auxiliaire de vie qui soit capable de s’occuper du lever, de la toilette, du coucher, sans oublier les repas, car, ayant subi une gastrostomie, Hubert est nourri de façon particulière…  »

Un type de soins pris en charge par la Sécurité sociale ou l’APA (aide personnalisé à l’autonomie, Ndlr)… à condition de trouver quelqu’un pour effectuer le travail !

« Je comprends que les personnes qualifiées pour ces emplois préfèrent aller offrir leurs services en Suisse, là-bas, elles sont payées le double, si ce n’est plus, qu’en France. Vu le niveau de vie et la cherté du Pays de Gex, il n’y a pas photo…  » En attendant des familles dans le besoin subissent bien malgré elles la situation.

« Une position qui n’est pas nouvelle dans la région, ainsi que me l’a confirmé Patrice Dunand, le maire de Gex, avec lequel j’ai évoqué la situation  », poursuit Françoise, qui a l’intention d’interpeller la députée, Olga Givernet, sur cette problémati

que bien particulière.

En Suisse, l’impossible solution

« La solution, signale Françoise, j’aurais pu la trouver en Suisse, où nous avons tous deux travaillé, mon mari et moi. En ayant conservé une assurance maladie privée, ou en ayant souscrit à la Lamal (assurance maladie suisse), nous aurions pu embaucher une auxiliaire de vie ou infirmière suisse qui aurait été prise en charge. Or, comme beaucoup de frontaliers, nous sommes à la Sécu depuis 2014… » Un aspect des choses auquel ils n’avaient évidemment pas pensé à l’époque.

Pas d’hospitalisation à domicile

Le problème reste donc entier pour Françoise et Hubert, et d’autant plus que la solution d’hospitalisation à domicile, si elle est possible à Annecy et Belley, n’existe pas dans le Pays de Gex. « Au mieux, on me propose aujourd’hui de placer temporairement mon mari à Tougin ou Saint-Julien ; mais pour la suite, le souci reste le même. A part du séjour longue durée en soins palliatifs que nous n’avons pas les moyens de payer…  » En attendant, Françoise continue ses allers-retours à Annecy…

«La Suisse, c’est un tuyauqui aspire tous les candidats»

Le service Pays de Gex de l’ADAPA (association départementale d’aide aux personnes de l’Ain) vient tout juste de fêter ses 60 ans. Il propose des services d’aide et d’accompagnement à domicile pour les personnes dépendantes. « Nos professionnels aidants interviennent dans le cadre des services pour un public en situation de handicap ou en perte d’autonomie, souligne Martine Verne, la directrice. Nous pouvons apporter une aide médico-sociale, autorisée par le département. »

Si les demandes ne manquent pas, trouver des professionnels sur le territoire est parfois compliqué. « C’est plus difficile avec la proximité de la Suisse. C’est un tuyau qui aspire tous les candidats. Nous avons également une convention collective de branche pour les salaires qui est très peu favorable au niveau de vie du territoire. Ce qui crée aussi des différences entre les offres et les demandes. Face à la démographie du territoire, elles ne sont pas plus importantes qu’il y a quelques années. La population est relativement jeune. Mais on a tout de même du mal à y répondre. »

« Ces métiers connaissent une crise »

Toutefois, la situation n’est plus exclusivement gessienne. « La pénurie de personnel s’est étendue à tout le département. Ces métiers connaissent une crise, notamment sur l’image qu’ils renvoient. »

Il n’existe pas seulement des professionnels pour accompagner des personnes dépendantes. Bien souvent, il s’agit de proche aidant. « Ça peut être un conjoint, un enfant ou un tiers. La famille est complémentaire à nos services. Aujourd’hui, l’aide aux aidants est de plus en plus prise en compte. » Le gouvernement planche actuellement sur la mise en place d’un congé indemnisé pour les aidants.