Albertville: la différence ne mérite pas l’indifférence

Cathy et Ludivine, deux combattantes du quotidien en quête d’un avenir pour leurs enfants «différents».
Cathy et Ludivine, deux combattantes du quotidien en quête d’un avenir pour leurs enfants «différents».

Souriantes, Ludivine et Cathy parlent de leurs enfants avec amour. De leurs troubles autistiques qui tracent pour ces gamins d’apparence normale des vies différentes. Ils ne font pas comme les autres, ne sont pas comme les autres, n’entrent pas dans les cases comme les autres. «  Ils doivent constamment adapter leur quotidien à celui de leurs camarades qui eux, ne font jamais l’effort de se mouler dans le leur, se désole Ludivine ». Amusée, elle le reconnaît : à l’école et dans la vie, c’est souvent la maman qui la ramène, qui a toujours quelque chose à dire, «  mais je n’ai pas le choix, il faut que je me batte si je veux que les enseignants ou les professionnels s’adaptent à Dylan ». Elle en est à sa septième demande auprès de la MDPH (maison départementale pour les personnes handicapées), « qui ne veut pas reconnaître son handicap car il travaille trop bien à l’école ». Des bons résultats, des connaissances pointues en électricité mais une difficulté à absorber les codes sociaux. Dylan dépense une énergie folle à « être comme tout le monde », à se concentrer sur les cours, à respecter les consignes. Mais des fois, il sort des cadres et laisse sa différence s’exprimer. À la maison, à l’école ou dans les magasins. Et ceux qui ne le connaissent pas ou n’ont pas envie de le connaître le regardent avec dédain et jugent les parents. «  Il faut l’éduquer, lui mettre des fessées »…

Combien de fois ont-elles enduré cette phrase et ses variantes. Ignoré la méchanceté des uns ou les moqueries des autres. Pourtant, les deux femmes n’ont jamais baissé les bras. Ludivine, coiffeuse à domicile, aménage son emploi du temps en fonction des rendez-vous médicaux de son fils : ergothérapeute, psychomotricienne, neurothérapeute. Des prises en charge coûteuses dont elle s’acquitte avec courage, même si, confie-t-elle, « des fois, on craque ». Et si Ludivine témoigne, ce n’est pas forcément pour avoir des aides financières : « Ce que je veux, c’est une reconnaissance de son handicap pour orienter la prise en charge sans avoir toujours à me justifier, c’est trop lourd ».

La méconnaissance de l’autisme peut être destructrice

Et puis, affirment les deux mamans, il est urgent que les enseignants soient formés à l’autisme. Entre un professeur des écoles attentif au handicap des enfants et un qui s’en fiche complètement, il y a un monde d’écart. Un monde qui coûte cher. Tony, 12 ans, le fils de Cathy est reconnu par la MDPH : « Il a eu des enseignants maltraitants et d’autres bienveillants. Mais il suffit d’une année pour qu’un gamin qui va à l’école en chantant devienne dépressif faute d’attention et de compréhension. Il a eu une institutrice comme ça, qui pensait que tous les problèmes de l’école étaient de son fait. C’est destructeur ».

Elle a pensé à le déscolariser et a énormément craint quand il est rentré au collège de Frontenex : « Et là, grâce à des professeurs exceptionnels, ça s’est miraculeusement bien passé, il a eu les encouragements et les félicitations. Pourvu que ça dure  ».

Tony et Dylan ont besoin de stabilité plus que les autres enfants et le système scolaire n’est pas encore suffisamment formé pour assurer un enseignement adapté dans la durée. La société pas suffisamment informée pour accepter la différence et la soutenir plutôt que la juger. Les deux mamans luttent pour que leurs enfants aient un avenir, soient heureux. Mais pour ces deux enfants soutenus et encouragés, combien sont lâchés, abandonnés à leur handicap ?