Ugitech : le nouveau pont roulant de l'aciérie redonne des couleurs

Lundi 20 juin 2022, sur les coups de 7 heures 30. Le pontier d'un pont roulant tout neuf, identique à l'ancien écroulé, se met alors aux commandes : un nouveau départ pour le transport de 40 tonnes de métal en fusion au bout des quelques 130 tonnes du pont. L'atelier et la vie professionnelle de 40 employés a redémarré après 169 jours d'arrêt depuis l'accident mortel du 3 janvier dernier. Un redémarrage attendu, espéré, et expliqué, ce mardi 28 juin, par le directeur général de l'entreprise, Patrick Lamarque d'Arrouzat, accompagné par Frédéric Perret, directeur des développements. En amont, un arrêté préfectoral avait notifié l'autorisation de remise en service au vu d'un rapport de 290 pages : 100 % des ponts, installations électriques et automatisme électroniques ont été vérifiés (des fissures repérées) sur l'ensemble des sites français d'Ugitech, au-delà de ce qui était exigé. Avec une remise en question de tout le «process». Pendant six moisla société a livré des produits standards mais pas de spécificités. Néanmoins une bonne partie des clients promet de revenir. Grâce notamment à 2 concurrents italiens qui ont fourni l'acier nécessaire pour éviter une concurrence hors Europe. « Un travail collectif titanesque entrepris depuis janvier, on n'était pas préparé à réceptionner des tonnes de l'extérieur, mais on sauve une bonne partie du commerce », concède le directeur général.

Le soutien financier du groupe

Seuls,10 % de la production normale ne peut être assurée à ce jour. A Fin 2022, une moitié seulement de la production habituelle est prévue, soit 130 mille tonnes. L'équilibre financier devrait être atteint avec le soutien en cash de la trésorerie du groupe actionnaire Swiss Steel. L'année 2023 repartira à 100 % avec un autre nouveau pont (6 millions d'euros pour deux ponts), 5 seront remplacés et l'électronique révisé. Sur le plan humain, il n'y aurait eu aucune de démission à l'aciérie. Après le traumatisme, « on n'oublie pas l'accident fatal », souligne Patrick Lamarque, l'état psychologique des salariés s'est « amélioré progressivement », la cellule dédiée est toujours là. La période spéciale vécue fut, « malgré tout, une expérience collective de solidarité formidable ». La société continue à recruter, un « job dating » est agendé au 7 juillet sur le site uginois afin de pourvoir 75 postes. D'anciens salariés de Ferropem à Chateau-Feuillet ont déjà candidaté, selon Frédéric Perret. Une école interne est aussi en cours de réflexion. Quant à l'enquête et au judiciaire, le directeur général ne peut s'exprimer à ce sujet : ce rôle est dévolu au procureur de la République.

Ce que montre la vidéo :

Par une approche progressive, prudente, dans un atelier d'aciérie au bruit intense, le pontier manie les différents commandes du pont roulant avec précaution et agilité. Aucune précipitation qui pourrait provoquer un mouvement brusque et une secousse risquée pour l'ensemble du système. Une manœuvre délicate. Sortant du four, le godet contenant le métal en fusion doit rester bien vertical tout en remontant lentement sous le pont, et lors de son transport glissé avant de se déverser pour une nouvelle étape du processus de fabrication. A la fin de l'opération, le bruit caractéristique de la chaîne qui relève et bascule lentement l'arrière du godet montre l'exigence de professionnalisme du pontier qualifié.