Sécheresse dans le Bas-Chablais : «Ça commence à être dur»

Fabien Dumont a repris la ferme familiale à Douvaine avec son frère en 2015. A droite, ses premiers stocks d’herbe et de foin.
Fabien Dumont a repris la ferme familiale à Douvaine avec son frère en 2015. A droite, ses premiers stocks d’herbe et de foin.

Ses prairies et parcelles céréalières s’étendent sur 120 hectares à Douvaine et au-delà. Fabien Dumont élève, avec son frère, des vaches laitières au sein du Gaec des Vernais, l’exploitation transmise de père en fils. Président du conseil d’administration de la coopérative laitière de Douvaine, Chens et environs, qui regroupe 12 producteurs de lait qui cultivent aussi leurs propres parcelles, l’agriculteur se fait le relais de leurs préoccupations.

Comment ressentez-vous la sécheresse ?

Je n’ai pas les éléments pour dire qu’on est en sécheresse. On a eu un déficit de précipitation depuis le début du printemps, un mois d’avril sec, un mois de mai sec (20 millimètres au lieu de 120 à 140). On a l’habitude dans la plaine du Bas-Chablais qu’en juin, nos prairies ressemblent à Roland-Garros mais depuis le 15 mai, ce n’est pas normal. Les cultures sont impactées, ça commence à être dur. Nous ne sommes pas encore inquiets mais si la pluie n’arrive pas d’ici début juillet, ça deviendra compliqué.

Quel constat en tirez-vous ?

La période sèche a permis de rentrer les premiers stocks de foin. On réalise les premières coupes sur les prairies pour l’hiver fin avril-début mai. Avec le vent et la chaleur, il y a eu de bonnes conditions même si les stocks sont assez disparates. Chez nous, l’effet sécheresse a baissé notre rendement de 15 à 20 % par rapport l’année dernière. Et la deuxième coupe, c’est jusqu’à 35 à 40 % en moins. Autre constat : on manque d’herbe fraîche disponible pour les vaches.

La qualité du lait pâtit-elle du manque de pluie ?

Le lait peut être moins riche en protéines et en matières grasses lors des grosses chaleurs mais cela n’impacte pas la qualité des fromages comme ceux produits à partir du lait de notre coopérative, les tommes, raclettes et reblochons de Savoie.

Le placement par la préfecture en ‘‘alerte’’ induit des restrictions d’eau. Comment les appliquez-vous ?

C’est encadré par la préfecture et chaque producteur qui irrigue est déclaré à l’Agence de l’eau. On paye une redevance en fonction des mètres cubes consommés. Concrètement, on irrigue le matin et le soir puisque, actuellement, c’est interdit entre 11 heures et 18 heures. C’est aussi quand la plante est réceptive à l’eau car les prairies, ça vit entre 5 et 25 degrés, alors que le maïs tolère mieux la chaleur et valorise l’eau que nous pouvons lui apporter.

Quels sont les enjeux autour de la gestion de l’eau dans le Bas-Chablais ?

Le contrat de rivière a le mérite d’être mis en place mais face au développement des constructions, il faut trouver un équilibre entre la protection des cours d’eau et l’urbanisation. La gestion de l’eau est une problématique qui ne peut pas se résoudre de manière individuelle.