Aix-les-Bains: Clément Dumon, président de Zicomatic, veut être «utile»

Clément Dumon, éducateur depuis 17 ans, se bat pour offrir l’ordinaire aux personnes handicapées.
Clément Dumon, éducateur depuis 17 ans, se bat pour offrir l’ordinaire aux personnes handicapées.

Créer une passerelle entre les gens ordinaires et les personnes handicapées est le leitmotiv de Clément Dumon, fondateur et président de l’association Zicomatic.

Clément Dumon, comment l’association Zicomatic est née ?

Je suis moniteur éducateur depuis 17 ans. J’ai commencé au foyer médicalisé de Saint-Baldoph. Passionné de musique, j’amenais parfois ma guitare et je chantais et même si les résidents ne parlaient pas j’ai vu qu’il y avait un attrait. Du coup avec quelques copains on a créé un groupe sans but thérapeutique mais avec cette idée de faire du bien grâce à des reprises et des compositions. En 2006, l’association Zicomatic est née.

Pourquoi la cause du handicap vous tient tant à cœur ?

J’y ai travaillé donc j’ai baigné dedans mais il y a cette notion d’engagement pour être utile. Je veux servir à quelque chose. Et puis la musique c’est aussi le partage.

Vous avez battu un record avec le festival Reg’arts à Aix-les-Bains, fier ?

À mes yeux ce n’est jamais assez bien. Je vibre grâce à tout ça mais je suis toujours insatisfait. Je pense qu’on peut créer des postes à part entière, monter encore plus de projets avec plus de moyens, faire plus de sensibilisation dans les écoles.

Depuis 2009, le festival Reg’arts a pris de l’ampleur, les recettes et les fonds sont mis à disposition pour les projets culturels tout handicap confondu. Aujourd’hui on en est à 35 000 euros de projets par an, cela va d’une visite d’un studio d’enregistrement à un concert au Phare ou une place à Musilac. Autour d’un outil, le plaisir, on veut valoriser les personnes. On parle de handicapable. Au festival, les enfants ont pu rencontrer Virginie Delalande, avocate et sourde de naissance et David Smetanine, nageur paraplégique. On a réussi à créer un concept où les enfants chantent ensemble et c’est magnifique.

Avez-vous noté une évolution de la société par rapport au handicap ?

Je pense que oui, il y a de plus en plus d’inclusion, le handicap est plus visible mais les gens ont encore des peurs et des a priori, c’est pour ça que je tiens à la sensibilisation dans les écoles. Après un remariage, je vis avec une petite fille handicapée depuis quelques années. J’ai mis deux ans à accepter le regard des autres. J’ai appris beaucoup sur moi et ça me donne aussi une certaine légitimité. Avant quand je rentrais chez moi, il n’y avait plus de handicap, il n’était qu’au travail. Aujourd’hui, j’y suis confronté tout le temps. Je sais que c’est compliqué de sortir, c’est aussi compliqué d’aller travailler, c’est compliqué matériellement, financièrement…