Thonon/Evian: Malika Metiba, l’âme revendicative du Châtelard et de la Cachat

A 56 ans, la Thononaise n’a jamais vécu en dehors de son quartier de prédilection.
A 56 ans, la Thononaise n’a jamais vécu en dehors de son quartier de prédilection.

Toute sa vie, la Thononaise Malika Metiba a navigué entre le quartier du Châtelard et la Cachat, menant des combats utiles à la jeunesse et aux travailleurs. Portrait d’une femme qui ne lâche rien, et surtout pas ses convictions.

En 1966, Malika Metiba voit le jour à Thonon-les-Bains dans une famille qui arrive tout juste d’Algérie. Sa mère est femme au foyer et s’occupe d’une grande fratrie, et son père est artisan maçon. C’est l’époque où les bâtisses en pierre vieillissantes du centre-ville sont remplacées par le nouveau quartier de la Rénovation. « La route de l’Or ça s’appelait. Tous ceux qui habitaient là ont été concentrés essentiellement au Châtelard, raconte la Thononaise. On se connaissait tous. J’y ai de bons souvenirs parce qu’il y avait de grands champs autour de chez nous, des pommiers et des cerisiers partout ! Quand il y avait de la neige, on faisait du ski, de la luge… J’ai passé une enfance heureuse. »

A fond dans l’association Les Dynamiques

Elle fréquente l’école du quartier avant de passer au collège Jean-Jacques Rousseau puis au lycée de La Versoie où elle obtient son BEP secrétariat. A l’âge de 19 ans, elle crée une association qui va insuffler de la vie dans ce quartier populaire. « On s’occupait des enfants de 4 à 18 ans. Je les emmenais un peu partout : au ski, au cinéma une fois par mois, on faisait des goûters, on allait au festival du Grand Bornand… » Elle poursuit son engagement pour les jeunes du Châtelard en participant à la création de l’association Les Dynamiques. Elle œuvre ainsi pendant 30 ans à ce que les enfants et les familles aient accès à la culture et aux loisirs, ainsi qu’à l’ouverture de la maison de quartier, devenue incontournable.

A la fin des années 1980, Malika Metiba est à l’initiative d’un mouvement qui va insuffler de la vie au Châtelard.
A la fin des années 1980, Malika Metiba est à l’initiative d’un mouvement qui va insuffler de la vie au Châtelard.

Au sortir de sa scolarité, elle s’essaye à quelques petits boulots mais rentre rapidement à l’usine de la Société des Eaux minérales d’Evian. Commence ainsi sa carrière à la Cachat : « J’ai débuté en 1987 en intérim puis j’ai été embauché en 1991. J’ai été au conditionnement, aux petits formats puis au verre notamment. Ensuite j’ai été opéré du dos donc j’ai changé de poste. Je suis partie à la fabrication des bouteilles. Après il y a eu de grosses restructurations et ils ont supprimé les machines sur lesquelles j’étais. J’ai postulé au service sécurité où je suis aujourd’hui. »

Défenseuse des droits des salariés depuis 1994

Peu de temps après ses débuts, la jeune femme se syndique, menée par son « caractère revendicatif » qu’elle tient « sûrement de [s]on père ». « C’est vrai que je n’avais pas de forte culture syndicale mais en voyant ce qu’il se passait aux Eaux d’Evian, je me suis dirigée vers la CGT, ce qui me correspond tout à fait. » Elle est élue déléguée du personnel en 1994 et ne cessera jamais de défendre les droits des travailleurs devant les hautes sphères dirigeantes, parallèlement à ses missions bénévoles. Toute sa personne est tournée vers l’autre. Une part d’elle-même qui la dévore quelques fois. « J’ai toujours eu ça en moi, je n’arriverais pas à l’expliquer. J’ai toujours eu beaucoup d’empathie. » Mariée et mère d’une fille, elle reconnaît que « ça empiète sur [s]a vie familiale » ; « souvent je reste dans la voiture pour passer mes coups de fil avant de rentrer. »

Depuis 8 mois, elle enfile aussi une casquette de défenseur syndical afin d’accompagner des salariés du Chablais en contentieux, devant les prud’hommes notamment. « Je fais les choses parce que j’ai envie de les faire. J’ai envie d’aider les gens donc je le fais avec le cœur. »