Insolite : au Retord, le col de Cuvéry aurait-il changé d’altitude ?

420m environ situent l’emplacement initial et l’emplacement actuel. Le déplacement du panneau a probablement eu lieu durant l’été 2021.
420m environ situent l’emplacement initial et l’emplacement actuel. Le déplacement du panneau a probablement eu lieu durant l’été 2021.

Fin de l’été 2021, des randonneurs habitués du plateau de Retord, Lola et Tristan, nous signalaient un phénomène étrange. En passant au col de Cuvéry, ils constataient que le panneau signalant sa localisation géographique et son altitude précise (1 178m), entre l’auberge Chez Lisa, à la Raimont, et l’auberge de Cuvéry, avait disparu.

L’emplacement initial, entre La Raimont et l’auberge de Cuvéry.
L’emplacement initial, entre La Raimont et l’auberge de Cuvéry.

400 m plus loin, 4m plus bas

Mieux, ils l’ont retrouvé. Toujours le long de la route D101, mais 420 mètres plus loin à l’ouest, en direction de la chapelle de Retord et de la Manche, à quelques pas de la Pierre à Chanal. Après vérifications et contrôles, il apparaît que l’emplacement de la nouvelle signalisation du col est difficile, voire impossible à comprendre.

L’emplacement actuel, sur la route vers la chapelle et la Manche.
L’emplacement actuel, sur la route vers la chapelle et la Manche.

En effet, en effectuant cette translation, le panneau a perdu de l’altitude. Bien qu’indiquant toujours 1 178m, point culminant du col, il ne se trouve réellement plus qu’à 1 174 mètres – l’auberge de Cuvéry se situant, pour information, à 1 176m et la route ne cessant de descendre jusqu’à l’entrée dans la forêt.

Une question se pose. La montagne n’ayant pas poussé, n’ayant pas connu d’improbables séismes qui auraient modifié son relief, pourquoi le panneau indiquant la culminance réelle du col a-t-il été déplacé de 400m et à une altitude inférieure ?

Personne ne sait quand ni pourquoi

Sur place, personne n’a vu faire les travaux de déplacement, visiblement effectués par des professionnels : il ne s’agit pas du fait d’un mauvais plaisant. Personne ne sait rien sur cette affaire. Ni Lisa, du restaurant voisin, ni Christophe Lebesgue, directeur du GIP du plateau de Retord, ni le spécialiste du plateau, Dominique Erster, auquel pourtant rien n’échappe.

Aussi avons-nous consulté par téléphone les trois agences routières départementales possiblement concernées sur les 8 que compte l’Ain. Personne au courant du côté de Bugey Sud, idem dans les agences de Haut-Bugey et de Bellegarde-Pays de Gex. Nous avons tenté au cas où, mais sans succès de joindre le centre d’exploitation des routes de Brénod.

Ce déplacement aurait-il été le fait d’une action communale ? Non, selon les élus et responsables de la voirie de Valserhône (l’emplacement du col se trouvant sur la commune historique de Châtillon-en-Michaille).

Emplacement initial, photo prise lors de la Retordica février 2019.
Emplacement initial, photo prise lors de la Retordica février 2019.

Le mystère reste entier

Outre de savoir qui est à l’origine de ce déplacement – et conséquemment de l’information fausse que donne désormais le panneau, la question reste posée du pourquoi. A son emplacement initial, perché sur son talus, suffisamment loin de la chaussée, pour les voitures et les marcheurs, il ne semblait gêner personne. Pas même les participants de la Retordica, la célèbre course locale de chiens de traîneaux. Reste une hypothèse : celle que la notion de col ne soit plus celle communément admise (voir encadré). Malgré tout, l’altitude indiquée par le panneau demeure fausse.

Quoi qu’il arrive, avons réinterrogé le 29 avril le Département à ce sujet. En attendant la réponse, s’il y en a une, le mystère reste entier. Si quelqu’un est au courant de quelque chose, merci de nous en faire part au 06 82 59 67 77.

GILLES MOINE

Qu’est-ce qu’un col routier?

– Les définitions varient selon les sources, les lieux et les périodes de l’histoire. Selon le Littré, il s’agit « du point d’une chaîne de montagnes où le faîte, faisant une inflexion, offre un passage d’un versant à l’autre  ».

Dans l’acception la plus commune de nos jours, il s’agit du point culminant d’un passage entre les deux versants d’une montagne, soit le point le plus haut de la route.

– Ainsi, tout près de Cuvéry, le col de Bérentin se situe à 1 144 m entre La Manche et Le Poizat. Sur le même massif, le col de La Biche (1 310 m) relie Corbonod au Valromey ou à Culoz-Artemare. Plus au sud, le redouté col du Grand-Colombier, popularisé par le Tour de France, culmine à 1 498 m entre Culoz et le Valromey.

– Au nord, sur le Haut-Jura, le col de Menthières, à 1 136m, relie Confort à Chézery, à proximité de La Biolaz. On terminera avec le col de la Faucille, 1 320m, passage obligé entre le Pays de Gex et la vallée de la Valserine…