Depuis plus de 40 ans, des Gypaètes barbus sont élevés sur les hauteurs de Domancy

Le centre d’élevage de Domancy a été entièrement reconstruit en 2017.
Le centre d’élevage de Domancy a été entièrement reconstruit en 2017. - Photos : Asters

Reconstruit à l’identique en 2017, le centre d’élevage du Gypaète Barbu de Domancy est géré par l’association Asters depuis plus de 40 ans. Il accueille 4 couples dans 4 volières installées sur les hauteurs de Domancy. Menacée d’extinction, cette espèce fait l’objet d’un plan de sauvegarde européen. Il existe au total cinq centres d’élevage du Gypaète barbu sur le vieux continent, dont un seul en France. Le point avec Théo Mazet, chargé d’étude et de la gestion du centre d’élevage pour Asters.

Combien de naissances ont-elles eu lieu depuis l’existence du centre ?

Depuis que le centre existe, 16 poussins sont nés et ont pu être relâchés. L’élevage des Gypaètes est compliqué. Les oiseaux deviennent matures sexuellement à l’âge de 7 ou 8 ans et il y a les premiers poussins au bout de 10 ans. C’est très long. Nous avons 4 couples, dont 3 sont reproducteurs. Sur les 3, 2 ont déjà pondu, un poussin est né l’an dernier et un autre est né cette année. Le troisième couple n’a pas encore eu d’œuf fertile pour le moment. C’est une espèce très sensible au dérangement. C’est pour cette raison que le centre n’est pas ouvert au public. Le moment où ils sont le plus sensibles est durant la reproduction, qui peut s’étaler d’octobre à juillet/août.

Actuellement, quatre couples de Gypaètes vivent au centre d’élevage de Domancy.
Actuellement, quatre couples de Gypaètes vivent au centre d’élevage de Domancy. - Photos : Asters

Quelles sont les étapes de la reproduction ?

Dans la nature, on observe les premiers accouplements en octobre, novembre. Ensuite, il y a la ponte en décembre. Puis il faut compter 54 jours d’incubation. Une fois né, le jeune reste au nid pendant 4 mois avant de s’envoler. En élevage, c’est plus particulier, notre dernier poussin est né le 5 février, normalement il devrait être relâché à l’âge de 3 mois sur une plateforme en montagne avec 2 ou 3 congénères du même âge. Ils sont nourris par une équipe qui les suit et ils finissent par prendre leur envol à l’âge de 4 mois. Durant un mois, sur la plateforme, ils apprennent à voler ensemble.

Les couples restent-ils ensemble toute leur vie ?

Dans les écrits sur le Gypaète, on lit souvent que c’est le cas, mais ce n’est pas tout à fait vrai. Dans la nature, ils se choisissent, donc ça fonctionne assez bien. Parfois, on remarque des modifications dans les couples. C’est certainement dû à des individus qui meurent ou qui ont été chassés et sont remplacés. En revanche, dans des conditions d’élevage, c’est plus compliqué. On les met ensemble et on voit ce que ça donne. Si ça ne fonctionne pas, on perd des années. On casse le couple puis on attribue de nouveaux partenaires. Une fois qu’un couple fonctionne et se reproduit, ce sont des oiseaux qui sont en quelque sorte sacrifiés. Car ils ne retourneront pas dans leur milieu naturel afin de permettre la réintroduction de leur descendance.

Pourquoi les Gypaètes ont-ils disparu dans l’arc alpin ?

Dans les Alpes, le Gypaète a été exterminé par l’Homme. Les derniers individus ont été tués au début du 20e siècle à cause de légendes et de croyances. Le Gypaète a l’œil cerclé de rouge, on voyait en lui l’incarnation du diable. Il se disait qu’il emportait les agneaux et même les enfants. Il a la particularité de se colorer dans les boues ferrugineuses, ce qui donne à son pelage sa couleur rouge orangée. Certaines légendes disaient qu’il se baignait dans le sang de ses victimes. Parfois, on peut le voir avec de gros paquets de laine quand il fait son nid. Toutes ces particularités ont fait émerger des légendes infondées. C’est un charognard de la famille des vautours, il ne se nourrit que de carcasses d’animaux morts. Il a la particularité d’ingérer les os, 80 % de son régime alimentaire est constitué d’os. La dernière estimation recensait entre 280 et 380 individus dans tout l’arc alpin dont 62 couples matures sexuellement.

Quelle est la durée de vie d’un individu ?

Dans la nature, on pense qu’un individu vit une trentaine d’années. Pour cette affirmation, on se base sur les premiers individus réintroduits dans le Bargy en 1988-1989 qu’on ne retrouve plus dans les analyses génétiques. En captivité, ils peuvent vivre bien plus longtemps, il y a un record à plus de 50 ans.