Annecy : moderniser la gestion des ruches pour sauver les abeilles et les apiculteurs ?

Pierre Marigo, apiculteur professionnel et enseignant à l’Iseta à Poisy, devant ses ruches, avant la transhumance.
Pierre Marigo, apiculteur professionnel et enseignant à l’Iseta à Poisy, devant ses ruches, avant la transhumance.

Ils parcourent des centaines de kilomètres pour déplacer leurs ruches afin d’optimiser leur production de miel et permettre aux abeilles de se nourrir correctement. Mais pour limiter les frais de déplacements liés aux transhumances, alors que les prix de l’essence et du gasoil ont décollé, certains apiculteurs tentent de se tourner vers la technologie pour surveiller leurs ruches à distance.

C’est le cas de Pierre Marigo, apiculteur à Musièges et enseignant à l’Iseta à Poisy, l’Institut des sciences de l'environnement et des territoires d'Annecy. « J’ai équipé mes ruchers de balances électroniques pour savoir où en sont les colonies. Ça me permet aussi de connaître les endroits où peut être récolté le miel ou non », assure-t-il. S’il peut piloter son rucher, ce système ne lui permet pas de gérer la production individuelle de ses ruches.

Des capteurs dans les ruches

Dans cette démarche, il a rejoint en 2021 un projet expérimental de suivi électronique des colonies, mis en place par la société suisse IAV Engineering, spécialisée en micro-acoustiques et basée près de Genève. Ces chercheurs, qui travaillent bénévolement pour ce projet, ont développé des capteurs acoustiques, afin « de donner précisément la santé et la force de la colonie  », explique Arnaud Boland, consultant marketing qui a piloté toute la phase test du produit.

Détecter les intoxications ou maladies

Avec son détecteur de mouvements, ce dispositif permet aussi de quantifier l’activité de vols des colonies. « Par exemple, si c’est une très belle journée et qu’il n’y a pas d’activités de vols, c’est inquiétant. Ça peut être le signe de problèmes ou de maladies  », indique-t-il. Grâce à l’intelligence artificielle, ces capteurs peuvent repérer une intoxication aux produits phytosanitaires, détecter un essaimage, – un phénomène naturel où la colonie se divise pour se reproduire, mais contraignant pour l’apiculteur qui perd sa récolte de l’année –, ou de prévenir au sein du couvain (les œufs de la ruche), l’apparition du varroa, un parasite. « Ces capteurs vont aider l’apiculteur à planifier son début de saison », conclut Arnaud Boland.

Faciliter le travail des apiculteurs

Au total, 500 capteurs ont été distribués à une trentaine d’apiculteurs européens, dont Pierre Marigo, qu’ils ont expérimenté directement sur leurs ruches. « Dans l’apiculture il y a un côté très traditionnel. D’un point de vue technique, nos méthodes ont peu évolué. Avec l’avancée de la technologie, on peut faire un bond. Ça va faciliter notre travail et moderniser notre activité », confie l’apiculteur.

Il aimerait même qu’un logiciel plus poussé voit le jour, où il peut avoir « une gestion individualisée, scanner une ruche et savoir l’âge de la reine » notamment. « Ça permettrait d’avoir une meilleure gestion de notre cheptel. L’institut national de l’abeille pourrait développer ce type de projet là. Ce serait une aide intéressante pour les apiculteurs », avance-t-il.