Lac du Bourget : entre pêcheurs professionnels et amateurs, une entente difficile

Jean-François Dagand, président des pêcheurs professionnels du lac du Bourget (à gauche), Patrick Letourneau, vice-président de la Fédération de pêche de Savoie et Manuel Vallat, le directeur.
Jean-François Dagand, président des pêcheurs professionnels du lac du Bourget (à gauche), Patrick Letourneau, vice-président de la Fédération de pêche de Savoie et Manuel Vallat, le directeur.

Il y en a un qui défend son métier, l’autre son rôle de « sentinelle de la rivière ». Au lac du Bourget comme ailleurs, les pêcheurs professionnels et amateurs se heurtent à des divergences d’opinion et à une rivalité autour du poisson.

Jean-François Dagand, président des pêcheurs professionnels du lac du Bourget

Pourquoi cette rivalité entre les pêcheurs ? Vous pratiquez pourtant la même activité qu’est la pêche.

« Parce que premièrement, il y a de la jalousie. Les pêcheurs amateurs ne peuvent pas vendre leurs poissons. Certains sont extrémistes, ils voudraient voir mourir la pêche professionnelle. Ils nous accusent d’occuper l’espace, de piller les ressources, alors qu’on est partie prenante du repeuplement du lac, par exemple. C’est de la politique tout ça.

Avez-vous rencontré des difficultés avec la Fédération de pêche de Savoie ?

Non, je n’ai pas de problèmes avec la Fédération, on a des relations assez bonnes, mais ce n’est pas le cas avec certains pêcheurs. En fait, comme je vous le disais, il y a une théorie par pêcheur et chacun croit détenir la vérité. Ils voudraient avoir le lac rien que pour eux, alors qu’on exploite une ressource durable et locale et qu’on permet de nourrir les habitants en poissons qui proviennent près de chez eux.

Et avec d’autres pêcheurs professionnels ?

Quand ça allait encore bien, jusqu’en 2019, il y avait une forte concurrence avec le lac Léman, qui est 12 fois plus grand que le lac du Bourget. Des pêcheurs de là-bas et d’ici faisaient n’importe et prenaient énormément de poissons. Moi j’y allais trois fois dans la semaine ça me suffisait, mais certains y allaient tous les jours. Ils avaient tellement peur de ne pas vendre leurs poissons qu’ils finissaient par brader. »

Patrick Letourneau, vice-président de la Fédération de Savoie pour la Pêche et la Protection du Milieu aquatique

Le partage du lac semble compliqué entre les pêcheurs amateurs et professionnels.

« La problématique, c’est de prélever sans anéantir. On a de très bonnes relations avec les pêcheurs professionnels, mais nous ne sommes pas d’accord. Ils sont dans la rentabilité de pêche, alors que les pêcheurs de loisirs sont dans l’effort de pêche, ce sont deux choses très différentes. Quand on voit un bateau rempli de poissons, c’est choquant. Et à côté de ça, il y a des pêcheurs professionnels qui estiment qu’on détruit leur filière.

Comment se portent les poissons dans le lac du Bourget ?

Ce qu’on remarque, c’est qu’il y a une modification des espèces. Leur production est moindre et il y a moins d’eau. Les affluents fonctionnent moins bien. Et contrairement à ce qu’on a pu entendre, l’eau du lac n’est pas trop propre. On s’est battu pour que la qualité de l’eau s’améliore.

Quels problèmes avez-vous pu constater et qui impactent les espèces piscicoles ?

La pollution urbaine et les usages domestiques et touristiques sont un vrai problème. Le besoin en eau est de plus en plus important, alors que les ressources diminuent et les sécheresses sont plus longues. Sur le territoire, il y a une dynamique de créer des retenues collinaires d’irrigation agricole. On est contre ces projets.

Il y a de plus en plus de monde. Dans les communes autour du lac du Bourget, la population va augmenter de 17 % dans les cinq années à venir, ça va faire beaucoup d’eau potable à fournir et à traiter. »

La pêche de loisir forcée de se réinventer

La filière pêche va étendre son offre avec d’autres activités de loisir et touristiques.La filière pêche va étendre son offre avec d’autres activités de loisir et touristiques. (Photo  : La pêche de loisir en Savoie)

La filière pêche traditionnelle tend à disparaître. « L’offre va être diversifiée avec des activités pleine nature, comme du VTT, de l’escalade et des sports d’eau vive », indique Manuel Vallat, directeur de la Fédération de la Savoie pour la pêche et la protection des milieux aquatiques. Ce nouveau dispositif va être mis en place d’ici le mois de mai, avec l’aide du conseil départemental de la Savoie, qui accompagne l’association depuis 1997.

11 parcours de pêche

Cette modernisation de la filière passe par « la refonte globale des Parcours pêche de Savoie », précise-t-il. Sur les 17 parcours qui existent dans le département, 11 seront conservés. « Il y aura des critères de sélection plus stricts, afin de pérenniser l’offre, car un certain nombre de ces parcours sont aujourd’hui laissés à l’abandon », remarque Manuel Vallat. Tous ces parcours sont labellisés par le département.

Si la filière se renouvelle, elle attire toujours autant d’amateurs de pêche. Avant la pandémie, la Fédération affichait une hausse de 3 %. Elle recense 15 000 pêcheurs de loisir et note « une forte propension touristique avec des cartes de pêche journalières et hebdomadaires ».