Accords d’Evian : rapatrié en 1962, ce fils de militaire algérien viendra se recueillir le 18 mars

Mohamed Haddouche, le 12 mai 2021, lors d’une commémoration à Louviers (Eure) marquant l’abandon des harkis via un télégramme rédigé par Pierre Messmer, ministre des Armées.
Mohamed Haddouche, le 12 mai 2021, lors d’une commémoration à Louviers (Eure) marquant l’abandon des harkis via un télégramme rédigé par Pierre Messmer, ministre des Armées.

Mohamed Haddouche, aujourd’hui habitant en Normandie, est né en Algérie. Son père, engagé dans l’armée française en Indochine, a ensuite servi dans son pays, l’Algérie. En 1957, il a été assassiné par des membres du FLN. En novembre 1962, Mohamed, alors âgé de 10 ans, arrive en France avec sa famille et ses oncles harkis, après plusieurs mois d’attente. Il résidera alors dans le camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales). Il est aujourd’hui trésorier de l’Association justice information réparation (Ajir) pour les harkis, et viendra à Evian vendredi 18 mars, avec une délégation, à l’occasion du soixantième anniversaire des accords.

Pourquoi avoir décidé de commémorer ces accords pour la première fois en 2021, plus de vingt ans après la création de votre association ?

Pour nous, le 19 mars ne marque pas la fin de la guerre d’Algérie car il y a eu de nombreux massacres de militaires, de harkis et de civils après la signature des accords. Même si, on comprend que les appelés du contingent veuillent commémorer cette date car ces accords leur ont permis de rentrer chez eux.

Plutôt que de perdre notre temps dans de vaines polémiques, on préfère donc insister sur le fait que les accords d’Evian n’ont pas permis de protéger les harkis, les civils… Rappeler que le cessez-le-feu n’a été respecté que d’un côté, pas par les parties algériennes. La France et le gouvernement du général de Gaulle n’ont pas, non plus, fait en sorte que ces accords soient respectés.

Comme l’année dernière, vous allez vous recueillir au Monument aux rapatriés alsaciens de la Première Guerre mondiale. Pourquoi ?

Au début, nous pensions le faire devant l’hôtel du Parc, mais comme c’est devenu une résidence privée, ce n’est plus opportun. Ensuite, on a entendu parler de ce monument aux rapatriés. On pensait que c’était lié à l’Algérie. Même si ce n’est pas le cas, ça nous a paru adapté. Nous devrions être reçus par la maire d’Evian, comme en 2021. J’aimerais lui suggérer de poser une plaque devant la résidence du Parc, qui rappelle ce qu’il s’est passé.

La délégation de l’association Ajir pour les harkis, le 18 mars 2021.
La délégation de l’association Ajir pour les harkis, le 18 mars 2021.

Les chiffres officiels quant aux pertes civiles et militaires postérieurs au 19 mars sont souvent contestés. Combien de personnes ont perdu la vie après le 19 mars 1962 ?

Selon les chiffres officiels, 3 000 pieds-noirs auraient disparu. Concernant les harkis et les autres supplétifs algériens, c’est le grand flou. Si on estime la différence entre les chiffres officiels des engagés et les rapatriés, nous estimons, chez Ajir, qu’il y a eu entre 70 000 et 150 000 personnes qui ont été massacrées après le 19 mars 1962 et notamment après l’indépendance, en juillet 1962. Dans ces morts, il n’y a pas seulement ceux qui ont pris les armes mais aussi leurs familles.

Pourquoi cette difficulté à estimer le nombre de morts ?

Les archives sont encore fermées en Algérie. Il n’y a pas de recherche historique. Le pays ne tient pas à faire connaître le nombre de personnes qu’il a fait mourir.