L’ex-directeur de l’hôpital d’Annecy au cœur d’une enquête pour corruption et favoritisme

Nicolas Best a dirigé le Change de janvier 2015 à décembre 2018.
Nicolas Best a dirigé le Change de janvier 2015 à décembre 2018. - Photo d’archives

Son nom est bien connu dans les couloirs de l’hôpital d’Annecy. Nicolas Best, qui a dirigé le centre hospitalier Annecy Genevois (Change) et le centre hospitalier du Pays de Gex (CHPG) de janvier 2015 à décembre 2018, se retrouve aujourd’hui dans le collimateur de la justice.

Le journal Midi Libre a révélé, lundi 14 février 2022, que celui qui est aujourd’hui à la tête du centre hospitalier universitaire (CHU) de Nîmes est au cœur d’une enquête préliminaire ouverte en décembre 2021 et portant sur des faits de corruption et favoritisme.

Les investigations sont diligentées par le parquet national financier et concernent « la passation de plusieurs marchés publics en lien avec le fonctionnement des hôpitaux d’Annecy et de Nîmes », a précisé le PNF à nos confrères.

Plusieurs perquisitions à Annecy et Nîmes

L’affaire s’est accélérée jeudi 10 février avec une perquisition menée par la police judiciaire de Lyon dans l’appartement et le bureau de Nicolas Best au CHU de Nîmes. « Ces perquisitions sont intervenues alors qu’aucune convocation préalable à une audition n’a été adressée et qu’il n’a fait à ce jour l’objet d’aucune audition de la part des enquêteurs », écrit dans un communiqué le CHU, cité par l’agence de presse médicale APMnews.

Contactée par l’Essor Savoyard, la direction de l’hôpital d’Annecy confirme qu’il y a eu le même jour une perquisition de la PJ lyonnaise au Change. « Il n’appartient pas à la direction actuelle du Change de communiquer sur une enquête en cours qui concerne un ancien directeur général », a réagi l’établissement.

« Ils ont tout fouillé, que ce soit la direction générale, le service des archives, etc. Ils ont tout emporté », rapporte Julien Effner, représentant Force ouvrière (FO) au Change, qui ajoute que les enquêteurs sont restés toute la journée et une partie de la nuit.

« Sous le choc des perquisitions »

D’après Midi Libre, l’entourage de Nicolas Best indique qu’il est serein face à cette procédure et qu’il a agi conformément à la loi. Le quotidien a eu un échange par SMS avec le dirigeant dans lequel il se dit « sous le choc des perquisitions », en ajoutant qu’il peut difficilement s’exprimer en raison de l’enquête en cours.

« Le directeur se tient bien sûr à la disposition des fonctionnaires de police et des magistrats enquêteurs et leur réserve exclusivement toutes les informations et précisions qu’il jugerait nécessaire », informait le CHU de Nîmes dans son communiqué, repris par APMnews.

«Travaux pharaoniques»

Interrogé sur l’affaire, Julien Effner, représentant FO au Change, fait le lien avec les « travaux pharaoniques » initiés par Nicolas Best à l’hôpital d’Annecy puis à celui de Nîmes. Au Change, un marché de 47 millions d’euros avait été passé en 2018 avec le groupe Eiffage pour une extension-restructuration de l’établissement annécien. « On avait validé un programme de travaux qui était de faire bloc par bloc et non pas comme Monsieur Best a fait à la dernière minute, tout d’un coup. (…) On a eu des gros doutes quant à la faisabilité du projet », se souvient-il. D’après lui, il y avait eu à l’époque des arrangements avec le constructeur et ce changement de stratégie était censé permettre de réaliser des économies. « Au fur et à mesure des travaux, on s’est aperçu que l’ampleur était telle qu’on allait être complètement submergés. Aujourd’hui, on le voit, on a une dette qui est abyssale », qu’il évalue à plus de 240 millions d’euros. Julien Effner constate aussi des « retards, malfaçons, problèmes » sur le chantier et estime que « les contrats ont mal été verrouillés ».