Léa Bouard : « Je suis un électron libre »

Comment est née votre passion pour la compétition ?

J’ai grandi à Praz-sur-Arly, à côté de Megève, dans une famille de sportifs. Mes parents m’ont mise sur des skis à l’âge de deux ans. Enfant, je ne tenais pas en place, je voulais déjà être première dans les petites compétitions organisées par mon club. Cet esprit de gagne, il est en moi depuis toujours. Comme je suis trop légère pour l’alpin, à l’adolescence je me suis orientée vers le ski de bosses. J’ai adoré cette incroyable liberté que procure le saut, ces trente secondes de pure adrénaline qui vous donnent l’impression de voler. Une stimulation intellectuelle très forte.

Vous avez gagné plusieurs coupes d’Europe, vous êtes championne du monde universitaire. Comment avez-vous réagi après cette blessure qui a tout remis en question ?

En 2018, je rate complètement les Jeux Olympiques en me classant à la 23e place. Un gros coup sur la tête ! Quelques mois plus tard, je souffre d’une hernie discale en raison d’une mauvaise chute… Autant dire que les bosses, c’est fini pour moi ! Je n’ai pas pu faire de sport pendant un an, un supplice pour l’hyperactive que je suis. J’ai beaucoup cogité à ce moment-là, et j’ai surtout compris que mon corps me disait stop ! En fait, je n’arrivais plus à gérer sereinement ma carrière d’athlète, mes études de marketing et le fait d’être complètement dépendante financièrement de mes parents, qui m’ont généreusement soutenue depuis le début. Une saison de ski tourne autour de 45 000 euros, donc, pas le droit à l’échec. Cette pression, je ne l’ai plus supportée…

Et c’est finalement votre intérêt pour la mode qui vous a permis de rebondir…

C’est vrai, la mode est ma deuxième passion. Après cette année d’interruption, quelques marques m’ont proposé de jouer les mannequins et de faire des shootings photos dans la poudreuse. J’ai ainsi retrouvé petit à petit mes sensations. Le ski m’a à nouveau séduite. Mon hernie s’estompait – j’ai appris à la gérer –, et je me suis dit que je pourrais évoluer dans le freeride, plus fluide, moins exigeant pour le dos, et surtout beaucoup plus présent sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, grâce à mes sponsors et mon rôle d’ambassadrice dans la mode, j’arrive à être financièrement indépendante. Enfin, je suis un électron libre !

Votre ambition ?

Réussir les épreuves de qualifications pour pouvoir intégrer la coupe du monde, le Freeride World Tour. Chez les femmes, la concurrence est très rude. Mais je mise sur mon atout : le back flip au franchissement des barres rocheuses, un périlleux arrière que je suis aujourd’hui la seule à réaliser. Cette saison, je vais tout donner !