Pierre-Yves Michau: «Il y a une forte implication des mineurs dans la délinquance»

Pierre-Yves Michau, 57 ans, avait occupé le poste de procureur à Privas avant d’arriver à Chambéry, en novembre 2019.
Pierre-Yves Michau, 57 ans, avait occupé le poste de procureur à Privas avant d’arriver à Chambéry, en novembre 2019.

En poste depuis novembre 2019, Pierre-Yves Michau avait succédé à Thierry Dran au poste de procureur de la République de Chambéry.

Depuis votre arrivée, qu’avez-vous constaté quant à la délinqaunce locale ?

« C’est une délinquance assez homogène, il n’y a pas de trait saillant, avec une petite prédominance des atteintes aux biens. Une des particularités c’est tout de même la forte implication des mineurs dans les faits de délinquance. La moyenne nationale est de l’ordre de 4 %, en Savoie on est à 17 % (le tribunal de Chambéry est compétent sur l’ensemble du département, Ndlr). Il y a aussi un phénomène apparu dans les années récentes, c’est le trafic de stupéfiants issu du milieu albanais. Après la Suisse, ça a commencé à gagner Annemasse, Annecy, et maintenant c’est arrivé à Chambéry.

« Pas d’explication rationnelle »

Comment expliquez-vous cette forte implication des mineurs ?

Pour l’instant, je n’ai pas encore de réponse. Cette année on n’a pas vraiment pu analyser les phénomènes de délinquance, ni tirer d’explication rationnelle. Je tiens à préciser que la délinquance des mineurs, le plus souvent ce n’est pas une délinquance de violence, c’est plutôt une délinquance d’atteintes aux biens, d’usage de stupéfiants.

Quelle réponse faut-il apporter à ce phénomène ?

On a toute une palette de réponses possibles : saisir les juges pour mineurs, développer des alternatives à dimension pédagogique. Il y a toujours une double action : on poursuit, mais on entreprend aussi des mesures de soutien, des stages de sensibilisation, des mesures de réparation. On essaie de leur faire prendre conscience de la nécessité de respecter les lois et les valeurs de la République.

Quels autres aspects vous ont marqué à votre arrivée ?

Le pôle de l’instruction criminelle est très chargé, on récupère ici les affaires criminelles de toute la Savoie, ce qui fait que nos deux magistrats instructeurs ont, à eux seuls, davantage de dossiers en cours que les trois magistrats instructeurs du pôle d’Annecy. On est à 270 dossiers en cours, ce qui génère une charge importante pour le parquet de Chambéry. Je pense qu’ils devraient être trois, mais pour l’instant ce n’est pas d’actualité.

Constatez-vous un regain du radicalisme religieux sur le territoire ?

Pour le parquet c’est une priorité, c’est évident. Ces derniers temps, nous n’avons pas jugé d’affaire en lien avec des faits d’apologie du terrorisme, il n’y a pas eu une brutale flambée de faits de ce genre. »