24 décès de la Covid-19 dans un Ehpad d’Annecy : «Le caractère soudain nous a sidérés»

Après deux décès lors de la première vague, l’Ehpad du Parmelan en déplore 24 supplémentaires depuis fin octobre.
Après deux décès lors de la première vague, l’Ehpad du Parmelan en déplore 24 supplémentaires depuis fin octobre.

La deuxième vague a été bien plus meurtrière que la première à l’Ehpad du Parmelan. L’établissement pour personnes âgées dépendantes de la rue Dupanloup à Annecy déplore la mort de 24 résidents depuis fin octobre 2020, contre deux décès au printemps dernier. « Nous avons été fortement touchés, un peu de la même façon que les autres Ehpad en France, c’est-à-dire pris par surprise », témoigne Ludovic Alby, le directeur adjoint de cette structure de plus de 180 résidents gérée par la Fondation du Parmelan. Pourtant l’établissement était prêt à faire face. « On avait mis en place les mesures barrières. On avait les masques, le gel, les visites encadrées, etc. », souligne-t-il.

Le pic a-t-il été dépassé ?

Cela n’a pas empêché l’épidémie de Covid-19 de se propager « très rapidement et brutalement » dans les deux secteurs du Parmelan, qui avaient été séparés par précaution. « Le caractère soudain nous a tous sidérés », confie Ludovic Alby. Le week-end entre le vendredi 6 et le dimanche 8 novembre a été particulièrement « pénible » avec plusieurs décès. « On pense qu’on vient à peine de dépasser le pic », indique le responsable. « Ça a l’air de se calmer. »

Une campagne de test massive des résidents et du personnel a été organisée dans les jours qui ont suivi les premiers cas. « On avait à peu près la moitié des résidents qui étaient Covid positifs et un tiers du personnel, avec ou sans symptômes », précise-t-il. L’épisode a été particulièrement difficile à gérer du point de vue des ressources humaines puisque des soignants, du personnel d’animation, des cadres de santé et même le directeur ont été contaminés ces dernières semaines.

« Des mesures exceptionnelles »

L’établissement a alors basculé dans une gestion de crise. « On a parfois été obligé que certains [agents malades, NDLR] restent en poste avec toutes les mesures barrières pour assurer la continuité des soins pour les postes infirmiers les plus sensibles. C’est des mesures exceptionnelles pour les Ehpad et l’hôpital quand ils n’ont pas de symptômes. »

L’agence régionale de santé (ARS) a également été « appelée au secours » pour des renforts infirmiers, « qui nous manquaient le plus ». Face aux difficultés à pourvoir ces postes, d’autres solutions ont été trouvées. Une salariée a déniché une candidate via son réseau Facebook, une infirmière à la retraite a apporté son concours. Des élèves médecins sont aussi venus en soutien. « C’est tout le monde qui s’y met et c’est comme ça qu’on s’en sort », positive le directeur adjoint, même s’il reconnaît qu’aujourd’hui « les équipes sont épuisées ».

Un deuxième risque

Ce virus n’est pas le seul risque pour les résidents. Ludovid Alby explique ainsi avoir constaté une « seconde phase » durant laquelle certaines personnes âgées, ayant été atteintes ou non, « se laissaient aller ». Pour le directeur adjoint de l’Ehpad du Parmelan, « c’est le syndrome de l’isolement ou de l’extrême fatigue ». Parmi les signaux d’alerte, le fait qu’ils mangent ou boivent moins. « C’était un deuxième risque majeur qui se présentait », raconte-t-il, évoquant une « spirale de dénutrition ou de la déshydratation » qui peut s’avérer fatale. L’établissement, qui assure jouer la carte de la transparence avec les familles sur cette crise sanitaire, a alors demandé à celles qui le souhaitaient de venir le midi pour les aider à manger et à boire. Des visites encadrées avec une seule personne, masque, gel hydroalcoolique et tablier de protection. « 10 à 15 familles » y ont déjà participé.