Annemasse: 50 ans après, la fin du kiosque des Charière

Christine avait pris la suite de ses parents en 1994, place de l’Hôtel de ville, à Annemasse. Samedi 2 novembre, c’est le dernier jour de sa vie professionnelle.
Christine avait pris la suite de ses parents en 1994, place de l’Hôtel de ville, à Annemasse. Samedi 2 novembre, c’est le dernier jour de sa vie professionnelle.

Ses parents s’étaient installés place de l’Hôtel de ville à Annemasse, à la fin des années 1960. Ils exploitaient l’emplacement l’hiver et couraient les fêtes foraines le reste de l’année alors que Christine était à l’internat, dans ce qui est encore aujourd’hui le collège Michel-Servet. Née en 1953, elle donnait un coup de main en sortant de l’école. « C’était une autre époque, il y avait le carnaval, la quinzaine commerciale, les fêtes de fin d’année  », se souvient la foraine, qui a pris la suite de ses parents en 1994.

Christine avait décoré son snack aux couleurs d’Halloween, jeudi 31 octobre, à Annemasse.
Christine avait décoré son snack aux couleurs d’Halloween, jeudi 31 octobre, à Annemasse.

Son papa, Pierrot, 88 ans, demandait tous les jours : « C’est quand la fin ? »

Son papa, Pierre Charière, plus connu sous le nom de « Pierrot » dans la région, a aujourd’hui 88 ans. « Ça lui fait de la peine. Tous les jours, il me demande : « C’est quand la fin ? » C’est la dernière chose qui reste attachée à son ancienne vie. » La famille est bien connue avec la loterie Charière mais aussi parce que Pierrot a été délégué des forains de Haute-Savoie, il organisait les fêtes avec les municipalités et notamment la fameuse foire de Crête à Thonon.

Reconnaissance et amertume chez Christine

À l’heure de fermer boutique, Christine se dit « reconnaissante envers la mairie pour toutes ces bonnes années. Je tiens aussi à remercier les clients qui ont été fidèles pendant 25 ans. » Elle est aussi amère de ne pas avoir pu choisir la date de sa retraite. « J’ai 66 ans mais j’aurais bien fait encore deux ans. On me met dehors car la mairie veut transformer la place. » Foutu aménagement urbain pourrait-elle dire alors qu’elle n’est pas dupe. « Au début de l’année, ils ont déjà déplacé le manège de l’autre côté de la place à côté du snack Couty. Moi, j’ai eu droit à un sursis car il me manquait des trimestres. Ils veulent une plus belle entrée sur la place pour les gens qui arrivent de la rue de Genève. » Sans son snack donc qui sera enlevé lundi 4 novembre à la première heure pour prendre place dans la cour de la propriété familiale à Étrembières, en attendant d’être vendu.

Christine (à gauche) avec des habitués et leurs enfants. Elle ne peut être que nostalgique, samedi 2 novembre, au moment de fermer sa boutique, place de l’Hôtel de ville, à Annemasse.
Christine (à gauche) avec des habitués et leurs enfants. Elle ne peut être que nostalgique, samedi 2 novembre, au moment de fermer sa boutique, place de l’Hôtel de ville, à Annemasse.

Ses sandwichs américains sont la madeleine de Proust de certains Annemassiens

Témoin de l’Annemasse d’avant, Christine est nostalgique. « Plus personne ne se connaît, les gens qui venaient avant, on ne les voit plus à cause du stationnement. Les parkings souterrains sont trop chers. » Elle tient aussi à « remercier les clients fidèles depuis 25 ans, notamment ces collégiens et collégiennes qui ont grandi et sont venus ensuite avec leurs enfants » alors que son best-seller aura toujours été le sandwich américain. Justement, ce jeudi 31 octobre, des enfants et leurs parents viennent se restaurer au kiosque, dans des déguisements effrayants. Lydia, Christelle, Elsa ou encore Audrey sont de ces habituées dont parlait Christine. Adolescentes, elles venaient dévorer les fameux sandwichs américains « avec les oignons grillés » qui leur font le même effet qu’une madeleine pour Marcel Proust. Christine est émue forcément. « Certains me mettaient des petits mots, ça va me manquer mais bon c’est la vie. » Samedi, un groupe de jeunes adultes a prévu de venir lui dire au revoir. Ils diront aussi au revoir à une partie de leur enfance.

Une terrasse de café à la place du kiosque ?

Le manège voisin du snack de Christine a été déplacé au début de l’année, les toilettes du snack ont été enlevées mercredi 30 octobre et le kiosque disparaîtra du paysage de la place de l’hôtel de ville, lundi 4 novembre. A la place, c’est entériné, il n’y aura pas d’autre kiosque, mais un aménagement urbain avec des arbres et sans doute une terrasse de café, pour la Taverne de Maître Kanter voisine. Une réflexion est en cours avec la mairie en ce sens.