(PHOTOS) Servoz: Émilien ou la passion du tracteur

Dimanche 13 octobre, la tension est à son comble au pied de l’église de Servoz. La quinzaine d’antiques tracteurs rassemblés pour la fête du mouton pourront-ils tous défiler ? Partiront-ils ou ne partiront-ils pas ? « Ce sont de vieilles machines… Aujourd’hui, on monte dessus, on tourne la clé et c’est parti mais autrefois, c’était tout un processus pour démarrer ces machines », explique l’animateur.

Autour de vieux tracteurs parfois construits dans les années 1930, une poignée de costauds en chemises à carreaux s’affairent. Parmi les plus actifs, le bondissant Émilien passe d’une machine à l’autre sans perdre ni son calme ni son béret. « Aujourd’hui, c’est tout de l’électronique, des quatre roues motrices, ce sont des tracteurs à grosse puissance, c’est sûr que ça n’a rien à voir. C’est une autre mécanique », explique le jeune homme, le visage ruisselant. Il faut dire qu’Émilien est en charge, il n’est pas pour rien dans le rassemblement de ces vieilles mécaniques sous le soleil de Servoz.

Une poignée de tractophiles

« On a pu réunir une trentaine de tracteurs pour la foire. Dans ma collection personnelle, je n’en ai que deux : le Renault N72 qui date de 1961, c’était celui de mon grand-père, c’est un héritage ; et le 3042 que j’ai acheté récemment. C’est une machine de 1949 ». Quant au reste du plateau, il est venu de toute la vallée : « On part des Houches et on va jusqu’à Sallanches pour remonter les tracteurs. On a une remorque plateau pour les ramener », précise Émilien qui n’est donc pas le seul tractophile du pays du Mont-Blanc : « On est quatre ou cinq dans la vallée. Par exemple, Laurent Jacquet aux Houches qui a cinq-six tracteurs, que des belles pièces ou Auguste Favrat à Domancy qui a une dizaine de pièces. Souvent on s’entraide car c’est quand même un gros travail de recherche pour les pièces détachées », explique Émilien.

« Un tas de rouille »

Forcément, pour parvenir à redémarrer des machines oubliées au fond d’une grange depuis des lustres, il faut être motivé : « Mon collègue a acheté des tracteurs, notamment de la société française de Vierzon et il a récupéré une ruine. Vraiment un tas de rouille. Donc c’est vraiment un défi de le remettre en marche. » Heureusement, Émilien et les tractophiles sont organisés : « De nos jours, on a de plus en plus de gens dans des bourses d’échange ou des grosses foires comme il peut y avoir à Pers-Jussy. On y trouve des bourses d’échange pour les pièces détachées. »

Un atelier à domicile

À défaut, Émilien se débrouille : « Il y a des pièces de moteurs, des pièces principales qu’on arrive à retrouver parfois même avec des références d’aujourd’hui mais certaines pièces sont très compliquées à retrouver. Alors, on a un atelier, on fabrique nous-mêmes certaines pièces parfois. Pas des choses très compliquées mais on a un tour qu’on utilise. On a un poste à souder, une perceuse à colonne, de quoi faire. »

Merci papy, merci papa

Une fois ces vieilles machines refaites, certaines atteignent des sommes respectables : « Il y a des machines qui peuvent s’acheter 2 000 à 3 000 euros ; refaites, elles montent à 5 000. Le Graal des collectionneurs c’est le SFV 302 de la société française de Vierzon. C’est une machine des années 1950 devenue rare ; une épave de ce tracteur-là peut atteindre 5 000 euros et si monte dans la gamme on en trouve jusqu’à 16 000 euros. »

Mais n’allez pas croire qu’Émilien cherche à se faire une marge ; comme tous les passionnés, il ne compte pas et c’est tout autre chose qui l’attire : « C’est à cause de mon grand-père et de mon père qui m’ont fait baigner là-dedans depuis tout gamin. Cela m’a toujours attiré ces vieilles mécaniques mais je suis aussi intéressé par les tracteurs récents. Mon cousin est agriculteur et je vais souvent l’aider pour les foins, pour faire de la mécanique. J’adore. »

Alors, si au fond de votre jardin dort un vieux tas de rouille dont vous ne savez que faire, peut-être pourriez-vous appeler Émilien ? « Je dirais bien oui mais le problème c’est que je n’ai pas assez de places… », conclut le jeune homme.