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Le tribunal de Bourg-en-Bresse a rétabli un homme de 87 ans dans son bon droit.
Bientôt 20 heures dans la salle d'audience du tribunal correctionnelle de Bourg. Convoqué à 15h30, un monsieur de 87 ans attend son tour depuis plus de quatre heures. En fait, ça fait vingt-huit mois qu'il attend que la justice le rétablisse dans son bon droit, que ce grave abus de faiblesse dont il a été victime soit enfin reconnu. Appelé comme témoin, il met sa main en coquille derrière son oreille et demande à la présidente de bien parler dans le micro, car il ne veut rien rater de la lecture d'instruction de cette histoire d'escroquerie qui le mine depuis plusieurs années. En fait, il a tout simplement était chassé de sa maison principale, une belle demeure de maître de 500 mètres-carrés sise à Jujurieux, pour être cantonné dans une dépendance. A l'origine de tout çà une "amie" qui, au vu de l'instruction, ne lui voulait pas que du bien. Cette femme citée à comparaître mardi 26 juin à Bourg était absente à la barre.
"Elle m'a baratiné et embobiné..."
Tout a commencé en 2005 par la visite d'une quadragénaire qui dirige à l'époque une petite entreprise de zinguerie. Elle lui propose des travaux de couverture, une proposition à laquelle il n'a pas donné suite. Mais l'année suivante à la mort de son épouse, le papy sans enfant, un peu déboussolé, rappelle cette femme pour un problème de fuite dans le toit. Elle se rapproche vite de ce monsieur ancien chef d'entreprise sur la plaine de l'Ain, collectionneur et amateur de beaux meubles. Lui n'est sans doute pas insensible à son charme et il accepte quelques invitations chez elle. « Aviez- vous des sentiments amoureux à son égard » lui demande prudemment la présidente Marion Goddier. « En fait, elle m'a baratiné et embobiné », rétorque le vieil homme qui ne dément pas vraiment quelques intentions, et indique que son amie lui avait suggéré de se doper sexuellement. Elle lui demandera plus tard en vain de se pacser ou encore de se faire adopter par lui en préparant une lettre pour faire licencier la bonne...
En février, atteint par un staphylocoque, l'octogénaire est admis à la clinique d'Ambérieu. Le 13, c'est son anniversaire. Lui, sous antalgique, est un peu abruti quand il voit cette femme arriver avec un gâteau d'anniversaire et une demi-bouteille de champagne. Elle lui dit que le docteur l'a autorisé à boire quelques gorgées. Mais elle sort aussi une feuille blanche et un crayon. Le fameux document où l'octogénaire de sa propre écriture cède la jouissance de sa maison principale. En contrepartie, elle s'occupera de lui jusqu'à la fin de ses jours et elle s'engage à payer les charges inhérentes à la maison. Le médecin attestera plus tard que sous l'effet des médicaments, l'octogénaire avait des troubles temporo-spatiaux au moment de son hospitalisation. Il ne pouvait citer quatre noms de fleurs, ni l'identité du Président de la République
Des retraits bancaires
Le document est présenté à un notaire qui ne le valide pas. Cela dit, à sa sortie de clinique, la maison principale est bien squattée par toute la famille de cette femme et le vieux monsieur relégué dans une dépendance où elle a fait installer un chauffage. C'est alors le début d'un cauchemar. L'avocat de la partie civile parle d'une femme qui a lentement tisser sa toile qui avait une connaissance parfaite du patrimoine de la victime et qui, telle une mante religieuse, a peu à peu dévoré sa proie.
Insultes, humiliations se multiplient Les portes fenêtres pour accéder à une piscine intérieure situées dans la dépendance sont démontées. « La dernière fois que je suis venu, les enfants de cette femme avaient invité des copains pour s'y baigner », témoigne un ami. Le parc est délimité, une cloison est posée dans le garage et dans la maison principale, deux constats d'huissier attestent que des objets et meubles ont disparu et l'engagement sur les charges n'a pas été tenu. « J'avais un appartement sensas, c'est devenu un taudis" se lamente le vieux monsieur. Puis ce sont des retraits bancaires. La femme nie d'abord mais elle a été filmée par la caméra du distributeur. Beaucoup d'éléments donc pour attester qu'il y a bien eu abus de faiblesse et escroquerie.
Prison et indemnisation
Sur le coup dès 22h30, le jugement tombe enfin. Malgré la demande de relaxe formulée par son avocate estimant que l'infraction pénale n'était pas constituée, la prévenue a été sévèrement condamnée pour ses agissements. Le tribunal a prononcé une peine de 24 mois de prison dont 18 avec sursis. Elle devra indemniser la victime à hauteur de 44 200 euros pour la jouissance de la demeure et 10 000 euros pour le préjudice moral. Elle est en outre interdite de séjour à Jujurieux et le jugement sera rendu public pour mettre en garde d'autres éventuelles victimes.
A.L