Annecy et sa région

jeudi 27.06.2013, 14:00

Les jeunesses nationalistes infiltrent Annecy

Alexandre Gabriac, fondateur des jeunesses nationalistes et filmé par Alexandre Gabriac, fondateur des jeunesses nationalistes et filmé par "Complément d'enquête", s'est rendu à Annecy en mai dernier pour aider les militants de la section annécienne à coller des affiches.
Alexandre Gabriac, fondateur des jeunesses nationalistes et filmé par Les JN du département ont leur QG à Annecy.

Crée il y a un an, la section annécienne des jeunesses nationalistes semble prendre de plus en plus d'ampleur. Ces extrémistes radicaux clament que la France doit rester aux Français et mènent des actions assez violentes.

A Annecy, ils sont une poignée bien organisée.
Les jeunesses nationalistes sont un mouvement créé en 2011 à Lyon par le conseiller régional, Alexandre Gabriac. Dans le bassin annécien, ce mouvement apparenté à l'extrême-droite a fait quelques adeptes depuis sa création en 2012.
Jeunes pour la plupart (voir ci-dessous), ils ont donc monté leur section, bien installée dans la cité lacustre et ont même leur quartier général, situé dans un café du centre-ville (il en existait un autre, mais il a fermé depuis, NDLR). Ils avaient même, il y a quelques mois encore, une "tanière" basée dans le bassin annécien, leur servant de "centre d'entraînement" secret. Mais elle aurait été fermée depuis. Les rangs de ce mouvement extrémiste se gonfleraient de plus en plus, selon certaines sources. Ils effectueraient même quelques "battues" de jeunes recrues à la sortie des lycées publiques et écoles professionnelles, en utilisant les arguments populistes.

« Nouvelles arrivées
chaque mois »

Car leur credo est d'expliquer que la France est actuellement en train de perdre ses "valeurs". Nous les avons contactés pour savoir qui ils sont et connaître leurs véritables motivations. Mais nos demandes sont restées lettre morte. On nous avait prévenus : « Ils n'apprécient ni les journalistes, ni être mis au grand jour », nous avait averti une connaissance du groupe.
Sur internet, on peut tout de même trouver l'interview d'un militant annécien qui se confie sur leur combat. « Notre mouvement est un mouvement nationaliste, composé d'une quinzaine de jeunes militants motivés. Il y a une progression constante avec des nouvelles arrivées chaque mois » , raconte le jeune homme à visage découvert.
Nombre de Français les ont d'ailleurs découverts lors des manifestations anti mariage gay. Ces jeunes n'ont pas froid aux yeux et prônent la violence par des "ACP", actions coups de poings et médiatiques, où ils se positionnent souvent comme victimes, expliquant que l'État, par sa répression, ne les laisse pas s'exprimer. « Nous combattons pour un idéal, un retour à la France charnelle, à la tradition française. On veut une France saine avec une certaine morale, une éthique ».
Leurs ennemis seraient ainsi « la finance internationale apatride, l'axe americano-sioniste, l'immigration ennemie de la France et qui cause des dommages économiques, sociaux et culturels, la mondialisation, l'union européenne ». Leurs idoles sont Robert Brasillach, Jeanne d'Arc, Charlemagne et le maréchal Pétain. Ce dernier reste l'icône majeure des jeunesses nationalistes.
D'ailleurs dans un reportage de "Complément d'enquête", diffusé sur France 2 en mai et consacré à Alexandre Gabriac et son mouvement, le jeune homme rejoint un militant du bassin annécien. Chez lui, on trouve ainsi des autels à la gloire du maréchal et de sa devise "travail, famille, patrie". Ensemble, ils partaient coller des affiches dans le bassin annécien. « Ils se cachent de moins en moins », avance une source. Mais pourquoi Annecy ? « Car il y a peu d'immigration en centre contrairement à Annemasse, Cluses. Et ils ont la voie libre. Annecy est un terreau pour ces groupes ».

Recueillement
au Grand-Bornand

On se souvient que le Front national avait organisé son université d'été en 2002 dans la cité lacustre. Dans certains secteurs du grand bassin annécien, le parti de Marine Le Pen a enregistré des résultats non négligeables aux dernières législatives avec plus de 16 % dans le canton de Faverges et plus de 18 % dans celui de Rumilly. Si le FN se défend de copiner avec ce genre de groupuscules, il n'empêche, Alexandre Gabriac est un ancien du parti et vénère Jean-Marie Le Pen.
De plus, le conseiller régional apparenté FN vient souvent se recueillir le 8 mai au Grand-Bornand. Sur le blog des jeunesses nationalistes d'Annecy, en dessous d'une photo prise en 2012 avec au centre du groupe Alexandre Gabriac, on peut ainsi lire : « Souvenons-nous des 76 miliciens fusillés au Grand-Bornand, le 24 août 1944 ».
Si à Annecy, aucun débordement n'a été noté, selon certaines sources, quelques tensions sont tout de même apparues. « Il y a déjà eu des insultes racistes, intimidations envers des sympathisants antiracistes », détaille cette source, « rien de grave pour le moment. Mais il est certain qu'ils vont mener des actions violentes sinon pourquoi s'entraîneraient-ils au combat et à tirer avec des armes ? » .
DOSSIER RÉALISÉ PAR LA RÉDACTION

L'Essor savoyard
QUI EST ALEXANDRE GABRIAC ?

Âgé de 23 ans, Alexandre Gabriac est conseiller régional Rhône-Alpes. Il fut un cadre du Front national, qui l'exclut en avril 2011, après la divulgation d'une photo le montrant faisant un salut nazi, un drapeau avec la croix gammée en arrière plan.
En octobre 2011, il fonde les Jeunesses nationalistes et multiplie les actions coups de poings, médiatisant ainsi son mouvement.

Des jeunes autant urbains que ruraux

Les nationalistes sont pour la majeure partie des jeunes âgés entre 20 et 30 ans et « Français de souche », comme ils aiment à le rappeler (comprendre là, qu'il n'y a aucun mélange ethnique dans leur famille, NDLR). « Ils sont issus aussi bien du milieu rural qu'urbain. Ils ont un point commun : être attaché à la culture locale, mais ils traînent avec eux un vrai problème d'identité forte, n'arrivant pas à assumer leur ancrage et leurs traditions », expose une source, « ce sont pour la plupart des gens en difficulté scolaire, dominés par un leader plus cultivé et qui d'ailleurs utilise sciemment la peur de perdre leurs racines et leurs traditions à cause des étrangers, de l'islam ».

Présents sur les réseaux sociaux
Les meneurs seraient issus du "mouvement identitaire local", « qui s'est depuis éteint pour laisser place à un mouvement nationaliste et pétainiste. Ils sont généralement épaulés par des militants plus âgés qu'eux, ayant de l'expérience dans les départements comme le Rhône, l'Isère, la Haute-Loire, l'Ain et le Doubs ». Ils se sont donc regroupés récemment sous l'égide des Jeunesses Nationalistes d'Alexandre Gabriac, en créant une section savoyarde, qui est très présente sur les réseaux sociaux. « Cette enseigne est une enseigne "publique" avec laquelle ils s'affichent ouvertement et mènent des actions, mais derrière ils se font appeler "Division Fenrir". Ce groupe est le groupe dominant dans le département, autour gravitent plusieurs sections locales. Mais le noyau dur des JN, dont le siège est à Annecy, est dispersé sur le département : Agglo annécienne, Balme de Sillingy, Choisy, plateau des Bornes, Seyssel, le Chablais, le Genevois... Une zone semble un peu plus épargnée, celle des Aravis » .

Néo-nazi, skinhead, identitaire... quelle différence ?

Les néo nazis s'inspirent de la logique hitlérienne, avec comme symbole la croix gammée. Les juifs, les musulmans et tous ceux qui ne sont pas issus de la "race blanche" sont leurs bêtes noires.
Les skinheads sont des extrémistes reconnaissables à leur tête rasée. Si à la naissance du mouvement, le phénomène britannique regroupait des jeunes Londoniens de la petite classe moyenne issus de familles juives ou d'origine grecque, aimant le modern jazz et musique noire américaine, il a viré de bord à la fin des années 70, au moment de la grande crise. En 1979, contrairement à 1969, la quasi-totalité des skinheads sont blancs. C'est aussi à cette époque qu'apparaît l'habitude de se raser le crâne et que le slogan "All the Cops Are Bastards" (soit "tous les flics sont des bâtards") fait son apparition, marquant une nette néo-radicalisation. Il est ensuite récupéré par l'extrême droite anglaise avant de s'étendre aux États-Unis.
Le bloc identitaire, mouvement politique français créé en avril 2003, à la suite de la dissolution par le ministère de l'Intérieur d'"Unité radicale". Il promeut le fédéralisme européen et une certaine forme de régionalisme. Il tient à se démarquer de «  l'antisémitisme et de l'antisionisme et est principalement préoccupé par la croissance de l'islam en Europe et le caractère désagrégateur du multiculturalisme ». Il ne considère pas l'islam ni les États-Unis comme des "dangers", mais c'est « l'islamisation de l'Europe et l'américanisation de (notre) culture qui en sont ».

Un collectif s'élève contre ce mouvement

Un collectif haut-savoyard se dit désabusé face à cette montée nationaliste. « Nous nous sommes collé l'étiquette "antifa" (anti-fascistes, NDLR), mais nous ne sommes pas extrémistes. Nous combattons cette idéologie raciste, car nous croyons que nous sommes tous égaux et que le métissage n'est pas un mal. Nous ne croyons pas à la race pure comme ces nationalistes, car nous sommes tous, quoiqu'on en dise, issus d'un mélange » , confie un membre.

Pour le partage des cultures
Ce collectif, lui aussi très attaché aux traditions haut-savoyardes et ses coutumes, souhaite le partager des cultures. « Le partage se fait dans les deux sens. Les nationalistes voient une seule chose, que toutes les filles vont finir voilées, sans le droit de sortir ou que plus jamais les Français ne mangeront de cochon, mais du halal. Nous, nous mangeons des diots, nous en mangerons toujours. Et si nos voisins de table mangent du poulet halal, on s'en fiche ! ».
Le collectif s'inquiète parce que ces nationalistes sont très bien infiltrés dans la société. « Ils n'ont pas tous le crâne rasé et une croix gammée tatouée. Ce sont des gens normaux. C'est justement cela qui fait peur. La violence, la provocation et l'intimidation sont leurs seules armes car ils n'ont pas d'arguments qui tiennent la route. Ils ne peuvent pas se justifier leur haine des étrangers. On utilise la violence quand on n'a plus rien d'autre. C'est la même chose chez les extrémistes religieux ».

Jean-Luc Rigaut : « Je reste très vigilant quand ces courants de pensée veulent s'installer ici »

Le maire d'Annecy assure être vigilant à toute forme d'extrémisme. « Je veux maintenir un équilibre dans la ville, je suis très attaché à la liberté de chacun et à la République. Ma philosophie démocrate-chrétienne reste ma ligne de conduite. Et je reste vigilant quand de tels courants de pensée veulent s'installer ici ».
Jean-Luc Rigaut estime que le meilleur moyen d'éviter la montée de ce nationalisme est de « mener des politiques publiques qui rassemblent la diversité française. Il faut faire comprendre que les compromis sont ceux de la tolérance et non de l'extrémisme. Il faut se montrer unis » . Certes, le contexte actuel favorise la radicalisation des pensées et devient « un terreau favorable pour ces mouvements  », mais il explique qu'« un élu local doit rester dans un discours d'ouverture. Il faut continuer nos politiques culturelles, de mieux vivre ensemble, car en local, les gens se parlent. On doit aussi assurer le relais de la sécurité. Quand j'entends dire qu'il existe à Annecy des quartiers invivables, cela renforce ces politiques extrêmes. Il ne faut jamais baisser les bras. J'ai une attention permanente pour ne pas faire qu'une minorité qui agace tout le monde fasse monter les extrêmes ».

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