Acharnement, jalousie, incompréhension... Les mots sont nombreux pour Henri Navet afin de décrire la situation, qu'il dit vivre depuis plus de six ans à Allèves.
L'ancien premier magistrat du village explique avoir été pris en grippe par l'actuelle maire pour une histoire de rénovation de grangette.
Henri Navet a été maire d'Allèves pendant plus de 20 ans. En 2002, il décide de ne pas se représenter. Sa première adjointe de l'époque, Noëlle Delorme, devient à son tour premier magistrat du village. Alors qu'en 2000, il obtient l'autorisation par la préfecture de construire un chalet sur les hauteurs de la commune, en 2002, il demande une nouvelle autorisation pour réaliser une petite chapelle juste à côté. Mais elle est refusée.
« On m'a dit que la zone n'était pas constructible », raconte Henri Navet.
Refus systématiques Il fait fi de ce refus et construit tout de même sa chapelle. En 2005, il remet également, en demandant l'autorisation, en état sa grangette située sur le même terrain.
« Elle était dans un état lamentable, le soubassement était pourri. J'ai demandé à pouvoir faire une porte et une fenêtre. Mais la mairie me l'a encore refusé ». Ce que ne comprend pas Henri Navet, c'est que de nombreux habitants ont eux aussi remis en état leur grangette, sans forcément en demander l'autorisation, et que personne, jusqu'à présent, ne leur a rien dit.
« Certains n'ont jamais été inquiétés. Je ne veux pas montrer du doigt ces personnes, je veux juste comprendre pourquoi dès que je demande quelque chose à la mairie, elle me le refuse. J'ai l'impression qu'il suffit de donner mon nom de famille pour qu'il y ait un obstacle ».
L'ancien maire pense que les problèmes sont arrivés le jour, où un de ces amis lui a offert une plaque en bois, où était gravé "village d'Henri" et apposée sur la chapelle qu'il a construite.
« C'est le bazar depuis », certifie-t-il. Une médiation est alors envisagée avec l'actuelle maire d'Allèves.
« Elle m'a demandé de raser la chapelle. Le médiateur a répondu que "non". Puis, elle m'a demandé de démonter le petit clocher que j'avais fait faire par le lycée professionnel de Rumilly avec des jeunes. J'ai dit que j'y étais opposé ».
Devant l'audace d'Henri Navet, qui n'a pas tenu compte de ses refus, la maire a porté plainte. Le procès a eu lieu en octobre 2010 et l'habitant a été condamné par le tribunal de grande instance à 8 000 E, qui ont été ramenés à 3 500 E, mais également à payer une astreinte de 50 E par jour de retard à compter du 1er janvier 2011, s'il ne remettait pas de suite la grangette à son état d'avant 2005. Ce que prétend avoir fait Henri Navet, bien avant le procès.
« Je n'ai pas compris. Cela ne voulait rien dire ! Remettre en l'état, mais personne ne sait à quoi cela ressemblait avant 2005. On vient m'enquiquiner pour une grangette qui ne vaut même pas 500 E. C'est à n'y rien comprendre ! ».
Pour prouver sa bonne foi, il avait fait faire un constat d'huissier juste après les travaux de remise en l'état, en novembre 2010.
« Je pensais que l'affaire allait être terminée ». Mais rien n'y fait.
20 000 E à payer En juillet 2012, il reçoit un courrier de la direction départementale des territoires.
« Il y était noté qu'il avait été porté à sa connaissance, que les travaux n'avaient pas été réalisés », explique Henri Navet,
« c'est la maire, qui les a prévenu.
Elle avait donc décidé de revenir à la charge ». L'astreinte des 50 E par jour court donc toujours. Il doit aujourd'hui près de 20 000 E.
« J'ai ressaisi mon avocat, j'ai écrit plusieurs lettres à la direction départementale, mais je n'ai jamais eu de réponse ».
La DDT, dans son courrier, fait état qu'un agent a constaté en avril 2012 que les travaux n'avaient pas été faits.
« Au 31 décembre 2011, cette remise en état n'avait toujours pas été réalisée. Les photographies prises ce jour permettent d'établir que les façades nord et est sont bien conformes. En revanche, la façade sud et ouest ne sont toujours pas remises en état. La façade sud présente un bardage irrégulier, qui permet malgré tout de constater la présence d'une paroi vitrée sur la moitié supérieure de la façade. (...) La grangette n'a donc qu'un certain aspect de l'état de 2005, mais aucunement retrouvé son état de 2005 comme l'indique le jugement du 22 octobre 2010, qui impose notamment la reprise en rondins du mur actuellement réalisé en pierres ».
Acharnement Henri Navet se demande alors ce que la maire d'Allèves peut bien lui reprocher pour
« s'obstiner à (me) rendre impossible » .
« Est-ce que c'est de la jalousie ? Je ne comprends pas cet acharnement. Elle explique qu'elle veut faire respecter la loi, alors qu'on voit bien qu'elle continue les petits arrangements, en laissant certains faire ce qu'ils veulent ». L'ancien maire se dit surpris que l'élue ne veuille pas que ces grangettes, toutes situées dans les hauteurs du village, ne soient pas réhabilitées.
« C'est une manière de sauver notre patrimoine. Elle devrait plutôt nous encourager à rénover ces grangettes, plutôt que de les laisser à l'abandon ».
Henri Navet confie être triste que les choses en arrivent là.
« Ce genre d'histoire devient vite une poudrière dans une commune de notre taille. Cela amène les gens à se diviser ».
Interrogée, la direction départementale des territoires explique que sa mission est de faire appliquer la décision de justice.
« Et aujourd'hui, il a été considéré que la grangette n'a pas été complètement remise en l'état d'avant 2005 », avance Cécile Martin, directrice adjointe,
« il reste une ouverture et des planches. On est donc loin d'un bardage. Cela ressemble toujours plus à un chalet qu'à une grangette ». La DDT expose qu'elle n'a aucun pouvoir d'appréciation sur ce qu'il peut se passer pour d'autres habitants.
Contactée plusieurs fois, la maire d'Allèves restait injoignable à l'heure où nous mettions sous presse.
LEILA LAMNAOUER
L'Essor savoyard