Un film réalisé par une association sur les soeurs de la Visitation a fait grincer des dents au diocèse. Il donnerait une image trop dévalorisante de celles-ci.
Le film sur la Visitation a été réalisé par Jean-Claude Guerguy, dans le cadre des actions de l'association "Ciné Art Loisir", dont Gabriel Perez est président. Cette association, basée dans l'Isère, se donne pour principe de véhiculer une mission « d'éducation populaire » , par le biais de la réalisation de plusieurs films dans des domaines variés.
Ces dernières années, "Ciné Art Loisir" s'est particulièrement intéressé à la vie contemplative dans les différents ordres religieux en France, un sujet peu connu du grand public. « Tous ces documents cinématographiques sur ce thème ont été construits en étroite collaboration avec les instances dirigeantes de chaque monastère », précisent MM. Guerguy et Perez. Qui disent avoir eu de très bons retours suite aux projections du film sur les Visitandines. « Nous en voulons comme preuve les encouragements des internautes et du public. »
O.D.
site web : www.cine-art.loisir.com ; mail : infos@cine-art-loisir.com
Jean-Luc Leroux est coordinateur pour le diocèse d'Annecy des événements liés au 400 ans de l'ordre de la Visitation. Il a vu le film, sur lequel il porte un jugement plutôt négatif : « C'est un film plutôt long, que j'ai trouvé ennuyeux, dépourvu de rythme. Au final, il ne donne pas une image fidèle de l'ordre de la Visitation aujourd'hui, qui est très actif. Cela donne une image très XIXe siècle.
D'ailleurs, les soeurs ne se sont pas reconnues, elle m'ont dit que ça ne donnait pas envie d'entrer dans leur ordre, de vivre leur vie, que c'était trop statique », explique-t-il.
Selon lui, les deux auteurs n'ont pas assez travaillé en amont. « C'est un film partiel, qui traduit une méconnaissance du sujet. D'ailleurs, ce film est présenté comme un film sur l'ordre de la Visitation, mais selon moi, c'est d'abord et avant tout un film sur le monastère de Moulins, où la quasi-intégralité des scènes a été tournée. Aucune scène n'a été tournée à Annecy car la mère supérieure n'a pas souhaité accueillir les deux réalisateurs. » Quand elle était à Tarascon, celle-ci n'aurait pas aimé le film tourné à l'époque par Jean-Claude Guerguy et Gabriel Perez, ajoute le père Leroux.
« Dans toutes les interviews, ils ont choisi des soeurs âgées. Nous ne disons pas qu'ils auraient dû faire du jeunisme, car effectivement il y a peu de jeunes soeurs au monastère de Moulins, mais ce monastère ne représente pas à lui tout seul l'ordre de la Visitation. C'est pour cela que je dis que c'est un film partiel. » Certes, ajoute le père Leroux, « ils ont droit de faire le film qu'ils veulent. C'est une association loi 1901, nous ne contestons pas leur liberté de création. Mais c'est aussi notre liberté de ne pas associer ce film au programme du 4e centenaire de l'Ordre de la Visitation, ou de ne pas en faire la promotion. »
O.D.
Sur son site internet, l'association "Ciné Art Loisir" a réagi aux remarques concernant son film. « N'en déplaise à certains monastères de la Visitation Sainte-Marie, qui auraient souhaité que l'on ne film que des jeunes moniales, la réalité est tout autre. En effet, dans la plupart des ordres monastiques, la population demeure vieillissante. On assiste même à des regroupements de communautés monastiques au sein d'un même ordre. » Au reproche concernant le caractère compassé de leur oeuvre, les réalisateurs dénoncent « une critique très mal venue.
» Une mise au point qui a fait réagir Mgr Boivineau, dans un mail adressé à M. Guerguy : « Quelle n'a pas été ma surprise de découvrir les propos que vous tenez sur votre site internet, concernant les monastères de la Visitation, dont évidemment celui d'Annecy. Assumez vous-même la responsabilité de vos propos. Mais vous pensez bien qu'en tant que responsable premier du monastère de la Visitation d'Annecy, je ne peux en aucun cas souscrire à vos affirmations. Tout ceci n'a rien à voir avec l'esprit salésien. »
O.D.