Plongée au coeur des salons de massage érotiques de plus en plus nombreux à Annecy.
Un appartement coquet, décoré avec goût en centre-ville d'Annecy.
La question mérite d'être posée. Si le plus vieux métier du monde est toujours aussi florissant, pourquoi ne pas rouvrir les maisons closes ?
Les "bobinards", comme les appelaient les anciens, étaient à l'époque des lieux de débauche tenus d'une main ferme. A Annecy, comme dans toutes les villes, les maisons closes étaient légion au début du XXe siècle et ce « d'autant plus qu'Annecy était une ville de garnison » et comptait de nombreuses casernes, explique Georges Grandchamp. Les soldats s'offraient régulièrement les services de prostituées dont la principale maison close était située juste à côté de la caserne principale, près du château. Etablissement "fard", le "22", comme l'appelaient les habitués, était situé au 22 de la côte Saint-Maurice.
Créé tout de suite après la Révolution, l'établissement jouissait d'une sacrée réputation et pour cause ! Il a été édifié dans les années 1830-1840 à la place de l'ancien cimetière d'Annecy. Ce qui suscita l'indignation des historiens du XIXe siècle, choqués de voir ce lieu de débauche érigé sur le champ sacré des dépouilles des Annéciens. L'anecdote raconte d'ailleurs que le Préfet qui avait signé l'autorisation d'ouverture serait mort alors qu'il sortait de l'établissement... La maison close a accueilli des clients jusqu'aux années 1940, date à laquelle la mairie a décidé de la fermer après une descente de police qui a révélé que le lieu était fréquenté par des jeunes de moins de 18 ans. Le bâtiment, vendu dans les années 1950 est aujourd'hui devenu l'hôtel du château.
La fermeture de la maison close n'a pas pour autant calmé les ardeurs. Prostituées et clients se sont donc déplacés rue de l'Ile, qu'on appelait autrefois la rue des bâtons en référence aux nombreuses bagarres qui s'y passaient. Jusque dans les années 1960, ce réseau de prostitution, sous la haute autorité d'Henri Dénarié, prospère. Mais la justice s'en mêle et les prostituées sont condamnées à défiler dans les rues d'Annecy.
Aujourd'hui, il ne reste plus aucune trace de cette activité passée rue de l'Ile. Néanmoins, quelques lieux de la ville sont restés longtemps réputés pour leur côté libertin : quelques filles "tapinaient" encore il y a quelques années passage des Sorbiers, entre la rue Royale et le quai des Cordeliers ou dans l'avenue du Rhône.
Discrétion. Un maître mot en matière de prostitution à Annecy. Une caractéristique typique des villes de taille moyenne. Ici, pas de filles en tenue légère sur les trottoirs qui mènent à la gare. Tout se fait bien plus subtilement.
Sur la toile, dans les salons de massage ; certains clients n'hésitent pas non plus à se rendre à Lyon ou Genève pour y trouver la garantie d'un anonymat sans faille.
Bien que quelques affaires aient été suivies par la Brigade de sûreté urbaine d'Annecy, Alain Favre, le Directeur départemental de la sécurité publique l'assure : « Il n'y a pas de prostitution visible installée » en ville. « L'essentiel se fait par la toile avec la facilité qu'on connaît », explique-t-il. Un « véritable réseau » se serait même installé.
Un réseau moins facilement identifiable ni contrôlable que surveillent néanmoins les autorités.
Les profils aussi ont changé : mères de famille, étudiantes, travailleuses précaires... n'hésitent plus à franchir le pas pour boucler leurs fins de mois.
Les salons de "massages à vocation non thérapeutique" restent les plus surveillés.
Ce que dit la loi
En matière de législation, les choses sont claires : on tombe sous le coup de la loi lorsqu'il y a un rapport patronne employée, c'est-à-dire proxénétisme ou qu'il y a racolage passif.
En revanche, si la femme est seule chez elle, majeure, et que son travail est déclaré, alors son activité n'est pas illégale.
Quoi qu'il en soit, la prostitution est suivie de près par les autorités. Et en cas de débordement, « on s'en préoccupe et on s'en préoccupera encore », assure Alain Favre.
A la suite d'une dénonciation anonyme, les services de police découvrent en 2008 l'existence d'un salon de massages pour le moins "spéciaux" à Poisy.
Les deux femmes qui gèrent l'établissement (l'une septuagénaire et l'autre âgée de 53 ans), emploient des masseuses spécialisées dans la "finition manuelle", organisent des rendez-vous avec la clientèle masculine et perçoivent les deux tiers de la rémunération de leurs employées. En clair, du proxénétisme ; une activité pour laquelle elles ont risqué de 7 à 10 ans de prison.
De 2004 à 2007, les affaires de l'institut sont florissantes : aucun salaire n'est déclaré et les masseuses, de bonnes mères de famille, exercent plutôt le mercredi et le dimanche. Une des deux gérantes aurait même employé sa fille ! Côté hygiène, rien à redire : gants en latex et préservatifs en nombre ont été retrouvés sur les lieux.
A la barre, le substitut du procureur Scuccimarra souligne que, même si toutes les "employées" semblaient consentantes, « tirer une commission de la prostitution d'autrui, c'est bien du proxénétisme ». Quant à maître Christian Brocas, avocat des prévenues, il a rappelé un certain côté social de cette activité mais note cependant « un commerce du corps un peu glauque, sans victime ».
Le tribunal a condamné en juillet 2008 chacune des deux victimes à 4 mois de prison avec sursis et 1 000 E d'amende.