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Aix et sa région

jeudi 26.01.2012, 14:00

Prostitution : les filles de l'Est débarquent en nombre sur les départementales

La plupart sont des jeunes mères célibataires d'origine roumaine. Elles se prostituent par nécessité, à seulement 30E la passe. La plupart sont des jeunes mères célibataires d'origine roumaine. Elles se prostituent par nécessité, à seulement 30E la passe.

Depuis cet été, les prostituées fleurissent sur le bord des départementales aixoises. Difficile de ne pas en croiser une lorsque l'on veut rejoindre Chambéry.

Jeudi dernier, en début d'après-midi, on pouvait en compter quatorze. Elles sont pour la plupart roumaines. Rencontre avec l'une d'entre elles.
Maquillage outrancier, boucles d'oreilles clinquantes et bottes à talons aiguille, Elena* dit avoir 29 ans, mais on lui en donne dix de moins. Depuis trois mois elle se prostitue sur la départementale 1504, axe très circulé entre le Bourget-du-Lac et Villarcher.
« L'amour "normal" c'est 30 E, pas de fellation ni de sodomie. » Elena propose ses services dans les bois ou dans les champs qui longent la départementale. Elle dit voir en moyenne trois hommes par jour. Cela paraît peu quand on voit le nombre de voitures qui s'arrêtent à la hauteur des filles de l'Est. Originaires de Savoie, de l'Isère ou du Rhône, ces hommes ont des profils très différents : ouvriers ou cadres, hommes mariés ou jeunes étudiants.
Elena dit avoir choisi de se prostituer par nécessité. « En Roumanie, il n'y a pas de travail. Je suis célibataire, j'ai trois enfants et ma mère est malade. Ma famille ne sait pas que je me prostitue. » Elle dit être venue en France avec deux autres amies, dans la même situation qu'elle. Régulièrement, elle rentre en Roumanie voir sa famille. Bien sûr, elle explique qu'elle et ses deux amies sont indépendantes, qu'elles ne font pas partie d'un réseau. Les autres filles qui se prostituent sur le même axe, elles ne les connaissent pas. Le soir, elles vont dormir à l'hôtel.

« Les filles de l'Est
cassent le marché »

Le rythme est soutenu : Elena travaille tous les jours de 11 h à 17 h. Mais surtout, les prix sont bas. Les filles de l'Est cassent le marché, ce qui déplaît fortement aux "anciennes".
Sabrina*, prostituée depuis dix ans sur ce même axe, est en colère : « C'est dégueulasse, moi je suis déclarée, je cotise, je paye mes impôts. Je travaille dans la légalité. Elles, elles sont au "black" et travaillent en réseau. Elles se font exploiter. Leurs "macs", je les ai déjà vus.
Aujourd'hui ils ne se déplacent plus. Ce sont des petits jeunes à vélo qui jouent les intermédiaires et qui les surveillent. » Concernant les tarifs de ces filles de l'Est, là aussi Sabrina est scandalisée : « Ces filles sont moitié moins chères que moi ! Maintenant je suis obligée de venir bosser les week-ends pour pouvoir payer mes factures. J'ai du mal à joindre les deux bouts. Ce que je souhaite, c'est qu'elles dégagent. » Autre point soulevé par Sabrina : le racolage. Si la prostitution est légale, le racolage, lui, est interdit. « Moi je ne suis pas au bord de la route en train d'alpaguer les automobilistes. Elles, elles n'hésitent pas à faire de grands signes pour que les voitures s'arrêtent.
  Les relations sont houleuses entre les filles. Pourtant, un point commun les rassemble : la volonté de se sortir de la prostitution. Elena souhaite trouver un mari en Roumanie qui aura un travail et qui pourra subvenir aux besoins de sa famille. Sabrina, elle, s'est donné une date butoir où elle compte raccrocher.

JUSTINE LOUIS
*Noms d'emprunt

L'Essor savoyard
lessorsavoyard.fr
Le site de l'Essor Savoyard